OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Quand la Chine s’est éveillée http://owni.fr/2012/11/12/quand-la-chine-s-est-eveillee/ http://owni.fr/2012/11/12/quand-la-chine-s-est-eveillee/#comments Mon, 12 Nov 2012 17:22:16 +0000 Sylvain Lapoix http://owni.fr/?p=125806 The Guardian retrace en quelques statistiques animées une décennie de mutation chinoise... 251 milliardaires, onze fois plus d'Internautes et cinq fois plus de divorce.]]> La nouvelle tête de la République populaire de Chine, Xi Jinping, s’apprête à diriger un pays bien différent de celui où il prit ses premières fonctions de secrétaire général pour la province de Zhejiang en 2002. Dans le cadre de sa couverture de la passation de pouvoir suite au XVIIIe congrès de l’organe de décision centrale de l’Empire du Milieu, The Guardian a réuni en une roue d’icônes, à parcourir d’un clic de souris, les grands retournements qu’a connu le pays en une décennie.

Si la Chine s'est occidentalisée dans son économie, elle l'a aussi fait dans ses mœurs : en 10 ans, le nombre de divorce a été multiplié par 5 selon les statistiques du ministère des Affaires civiles.

En 10 ans, la population chinoise s’est transvasée des campagnes vers les villes, qui représentaient selon la Banque mondiale 50% de sa population en 2011. Les milliardaires, notion encore inconnue au début du siècle, sont désormais 251, le PIB par habitant ayant été multiplié par cinq et les investissements directs à l’étranger par quatre. Pour sa part BMW a atteint les 217 000 exemplaires vendus en 2011, là où moins de 10 000 de ses modèles roulaient il y a 10 ans.

Le tableau serait incomplet sans l’évolution des mœurs : l’avènement du tourisme pour 40 millions de Chinois supplémentaires et onze fois plus d’entre-eux qui sont connectés… Mais pour un web sujet à toutes les cautions, notamment du fait du Parti communiste chinois. La seule parti de ce petit instantané qui, lui, ne semble pas avoir changé.

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Washington chinoise sur le cyberespace http://owni.fr/2012/10/11/huawei-zte-nsa-cisco-intelligence-renseignement-espionnage-chine/ http://owni.fr/2012/10/11/huawei-zte-nsa-cisco-intelligence-renseignement-espionnage-chine/#comments Thu, 11 Oct 2012 06:48:05 +0000 Guillaume Dasquié http://owni.fr/?p=122146 fair play.]]> Festival of lights, Photo CC by Rene Mensen

Festival of lights, Photo CC by Rene Mensen

En début de semaine, le Congrès américain frappait d’ostracisme les filiales américaines des groupes chinois Huawei et ZTE, en convoquant une conférence de presse pour inviter l’industrie américaine à ne plus travailler avec ces entreprises spécialisées dans les infrastructures de télécommunications. Huawei et ZTE équipent des data centers, des fournisseurs d’accès à Internet (FAI) ou vendent des composants de la téléphonie mobile. Des technologies considérées comme autant de menaces potentielles par le Congrès.

À l’appui de cette attaque en règle, un rapport émanant de la Commission du renseignement de la Chambre des représentants. Dont les membres, depuis plusieurs mois, ne cachent pas tout le mal qu’ils pensent de la présence – encore modeste – de Huawei et ZTE sur le marché américain.

La version finale de leur document de 60 pages – que nous avons lu, ici en PDF – multiplie les affirmations quant à l’opacité de ces deux géants chinois des télécoms et du numérique, à la fois fabricants et prestataires de service. Sans toutefois apporter de preuves matérielles convaincantes.

Une absence regrettable dans la mesure où ces attaques contre Huawei et ZTE interviennent sur fonds de tensions économiques sur le marché des télécoms américains, en raison de la concurrence que ces groupes représentent. Peu après la conférence de presse du Congrès, la direction de Huawei a d’ailleurs répondu en laissant entendre qu’il s’agirait d’un mauvais procès motivé par la course vers de juteuses parts de marché.

Opérations militaires

Sur un plan matériel, le document s’appuie le plus souvent sur des informations déjà publiées dans la presse, même si une note de bas de page mentionne l’existence d’annexes classifiées, portant sur le travail des services américains de renseignement quant à la réalité de ce risque.

[Carte Interactive] La Chine investit l’Europe

[Carte Interactive] La Chine investit l’Europe

En pleine crise financière, les liquidités chinoises font craindre des vagues d'acquisitions en Europe. OWNI a recueilli et ...

Le rapport a été rédigé par deux élus suivant régulièrement “la communauté du renseignement” et ses enjeux, Dutch Ruppersberger et Mike Rogers.

Alors que ce dernier a fait une partie de sa carrière au FBI, Ruppersberger, pour sa part, passe pour un parlementaire très attentif aux questions de souveraineté nationale. Au Congrès, depuis plusieurs législatures, il représente le second district du Maryland, la circonscription où campe la National Security Agency (NSA), à Fort Meade, ainsi que la plupart des commandements américains impliqués dans les opérations militaires sur les réseaux numériques. En particulier le US Cyber Command. Dans ce second district du Maryland on compte ainsi près de 38 000 personnes travaillant pour l’appareil sécuritaire du gouvernement.

Et plusieurs dizaines de milliers d’autres employées dans des sociétés privées sous-traitantes. Tout un monde qui vit – à tort ou à raison – sur la base d’une économie du soupçon ciblant les acteurs chinois dans des technologies de l’information.

365 Day 256, Photo CC by Collin Harvey

365 Day 256, Photo CC by Collin Harvey

À défaut de preuves irréfutables à l’encontre de ces entreprises chinoises, la démarche des parlementaires américains peut paraître un rien étonnante. En effet, le géant américain Cisco semble entretenir les mêmes ambiguïtés que celles reprochées à Huawei et ZTE – contrats avec les militaires de leur pays d’origine et partenariats avec des agences de renseignement.

Espionnage

Avec des conséquences tout aussi préoccupantes pour le citoyen. Depuis le début des années 2000, à travers le monde, Internet se développe grâce à des routeurs fournis par Cisco ou par les cinq autres sociétés américaines ou franco-américaine (Alcatel-Lucent) qui maîtrisent ces technologies et travaillent parallèlement avec le complexe militaire de leur pays – jusqu’à l’arrivée d’Huawei qui les concurrence.

À ce titre, pour les observateurs américains, les accointances entre Cisco et la NSA sont légions. Selon l’enquêteur James Bamford, auteur de plusieurs livres qui font autorité sur la NSA et les technologies d’espionnage, cette proximité relève de l’essence même de la NSA, au regard de ses missions de surveillance globale des réseaux. Lors d’un entretien avec des journalistes de la chaîne PBS Bamford affirmait :

L’une des choses que la NSA fait c’est de recruter beaucoup de gens venant de l’industrie des télécoms, donc de gens qui connaissent comment Internet fonctionne, qui savent comment certains systèmes à l’intérieur d’Internet sont construits. Par exemple, ils pourraient recruter des gens de Cisco qui construisent divers routeurs, et les intégrer dans la NSA pour ensuite déconstruire le fonctionnement des routeurs.

Les routeurs de la discorde

Les routeurs de la discorde

Européens et Américains sont d'accord : les équipements chinois sont materia non grata, en particulier les routeurs - ...

Les enjeux financiers provoqués par le gonflement des budgets militaires après le 2001 ont accentué cette dynamique. De nos jours, le groupe Cisco, via un département spécialisé – dénommé Federal Intel Area -, propose des services de surveillance et de traitement du renseignement sur-mesure à l’ensemble des services secrets américains ; comme le montre cette brochure commerciale [pdf]. Une relation qui semble parfaitement assumée ; nous avons retrouvé sur LinkedIn le CV détaillé de l’un des responsables de ce programme actuellement en poste chez Cisco.

Finalement, ces relations entre entrepreneurs du numérique et appareil sécuritaire s’inscrivent dans la tendance naturelle de tous les États à contrôler et surveiller tous les réseaux de communication – depuis le télégraphe jusqu’à Internet. Le 14 août dernier près de Baltimore, lors d’une conférence réunissant des agences du département américain de la Défense impliquées dans le renseignement électronique, Keith Alexander, patron de la NSA, a rappelé cette évidence lors d’une intervention de près de 40 minutes consacrée aux opérations de la NSA dans le cyberespace.

S’exprimant sur quelques détails des missions de son agence sur le numérique, il a évoqué les 18 câbles sous-marins reliant les États-Unis au continent européen et permettant aux connexions Internet de traverser l’Atlantique grâce à de multiples relais technologiques… Et les partenariats avec des pays comme la Grande-Bretagne ou la France permettant de surveiller l’ensemble.

Ces acteurs technologiques étant les clients des appareils sécuritaires de leur pays d’origine, il est difficile des les imaginer ne bâtissant pas ces ponts qui facilitent leur tâche – au nom de l’idée qu’ils se font de leur propre sécurité nationale, et des intérêts qu’ils partagent.


Festival of lights, Photo CC by Rene Mensen | 365 Day 256, Photo CC by Collin Harvey.

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Pékin en guerre contre ses hacktivistes http://owni.fr/2012/05/14/pekin-en-guerre-contre-ses-hacktivistes/ http://owni.fr/2012/05/14/pekin-en-guerre-contre-ses-hacktivistes/#comments Mon, 14 May 2012 15:40:39 +0000 Florian Cornu http://owni.fr/?p=109721

L'Art de la guerre de Sun Tzu vu par La Demeure du Chaos (CC-by) Abode of Chaos

L’Empire du milieu, qui n’est pas le dernier dans le palmarès des records en tout genre, peut se targuer d’avoir bâtit par le biais du Great Fire Wall (pare feu par lequel transitent toutes les recherches des internautes chinois), un instrument de censure du web qui malgré ses failles, fait des prisonniers politiques, et des morts…Ces derniers mois, les mesures du parti à l’encontre du web se sont multipliées témoignant d’une propension incontestable du régime à juguler les dissidences, surtout celles qui s’organisent.

Massives

Hackers décapités

Hackers décapités

Le FBI a procédé à une vague d'arrestations de hackers proches des Anonymous. Des arrestations rendues possibles grâce au ...

En Chine, aucun mouvement de hackers organisé n’avait jusqu’à présent répondu à cette censure étatique par des actions visibles et massives. Dans un contexte politique mouvementé depuis la chute du cadre Bo Xilai et la forte médiatisation de l’affaire Chen Guancheng, les autorités chinoises se seraient bien passé d’un énième aveu de faiblesse à dompter les dissidences sur internet.

La première action du tout nouveau groupe Anonymous China remonte à début mars, après l’arrestation de membres présumés du collectif de hackers connus sous le noms de Lulzsec (avec lequel des Anonymous chinois collaboraient). Mais c’est véritablement le 5 avril, un mois après après cette riposte qu’Anonymous China a fait parler de lui. Il a piraté plus de 300 sites liés au gouvernement ainsi que de nombreux sites commerciaux et d’affaire.

Dans leur message adressé au peuple chinois sur ces pages, les hackers l’encourage à se soulever pour faire tomber le régime et à utiliser des VPN (réseaux privés virtuels) pour contourner la censure opérée en amont par le Great Fire Wall. Au lendemain de l’attaque, la plupart des sites avaient retrouvé un fonctionnement normal et la vidéo ci dessous, en Français, était postée sur la plateforme « Rézocitoyen ».

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Dans un communiqué envoyé à l’Agence france presse le jour d’après, des membres se réclamant d’Anonymous China, avaient promis de continuer les actions et de les intensifier. Depuis cette attaque de masse, diverses opérations isolées et peu médiatisées ont ainsi eu lieu. Le 27 Avril Anonymous analytics publiait ainsi un rapport de 44 pages impliquant l’entreprise multinationale productrice de tabac “Huabao” pour des activités de dumping et de détournement d’argent ayant participé à faire de son fondateur Chu Lam Yiu, un milliardaire.

Plus récemment, le 8 Mai, c’est le site de l’université de Hangzhou qui était visée et les comptes utilisateurs des administrateurs révélés. D’après une annonce de l’agence Reuters, la plupart des membres opérant dans le collectif Anonymous China ne vivent pas sur le territoire. Si l’on peut exprimer des doute quant à cette annonce, les gérants du compte twitter, eux, sont probablement à l’étranger.

La page d’accueil que l'on retrouvait sur tous les sites piratés, en anglais ou en chinois

Par ailleurs, le congrès du parti communiste Chinois qui a lieu tous les cinq ans et qui renouvelle ses membres en octobre. Le pouvoir central et les hauts cadres du parti sont donc particulièrement enclins à tout faire pour qu’aucun trouble pouvant remettre en cause leur gestion du pays ne survienne.
Depuis le dernier plénum du parti qui s’est tenu fin 2011, le renforcement des mesures de lutte contre la dissidence sur le web n’a ainsi cessé de s’accroitre au moindre prétexte. La dernière opération de répression en date, appelée « bise de printemps » témoigne d’ailleurs de la prise de conscience du pouvoir central quant au rôle clé des réseaux sociaux dans l’organisation du mécontentement. Le gouvernement n’a semble t-il aucunement envie d’être une victime collatérale des révolutions arabes.

Verrouillage

Officiellement consacré aux réformes culturelles, le plénum de la fin 2011 a été un moyen pour le pouvoir central, conscient du nombre croissant d’internautes contournant la censure, d’envisager une série de mesures contre les “rumeurs nuisibles à l’ordre social” dixit les autorités sur le web. On comprend mieux dès lors, l’organisation début novembre, d’une rencontre entre le gouvernement et une quarantaine de sociétés constituant le cœur du réseau internet Chinois. Cette réunion a très logiquement abouti à un engagement de ces entreprises qui gèrent le réseau à appliquer toutes les directives gouvernementales en matière de lutte contre les “rumeurs et les fausses informations”.

Par l’utilisation de ces termes et la collaboration active des fournisseurs d’accès, moteurs de recherche et plateformes de micro blogs (équivalents de twitter), le gouvernement cherche à augmenter ses chances de taire toute information liée à des émeutes, manifestations, troubles politiques ou diplomatiques tout en traquant les lanceurs d’alertes. Le ministère des technologies a acté cette collaboration fin février en annonçant l’obligation pour les créateurs de sites webs de révéler obligatoirement leur identité aux autorités et aux représentants de fournisseurs d’accès. Depuis, la mesure s’est étendu aux micro bloggueurs même si elle est moins contraignante. Il faut dire que les manifestations rassemblant des milliers de personnes sont monnaie courante en Chine mais sont aussitôt tuées dans l’œuf médiatiquement par la police du web.

L'art de la guerre de Sun Tzu vu par la Demeure du Chaos (CC-bysa) Abode of Chaos

L'Art de la guerre de Sun Tzu vu par La Demeure du Chaos (CC-by) Abode of Chaos

C’est aux alentours de la mi-mars, deux semaines avant l’attaque massive du groupe Anonymous China, que les prises de décisions et les incarcérations ont commencé à s’accélérer. Suite au limogeage de Bo Xilai, un des plus hauts cadre du parti, des centaines de milliers de messages se sont répandus sur les plateformes de blog. Une partie d’entre eux prédisaient un coup d’Etat à Pékin. Le pouvoir central a aussitôt procédé à des arrestations et à une censure qui a aboutit entre le 29 Mars et le 2 Avril à une interdiction des commentaires sur les deux principales plateformes de blog que sont Tencent et Sina. L’ arrestation des présumés dissidents a été facilitée par une des lois les plus régressive en matière de droits humains qu’ai entériné la Chine ces dernières années: le 16 mars, l’assemblée nationale populaire votait une nouvelle législation sur la détention.

Petit manuel du parfait cyberdissident chinois

Petit manuel du parfait cyberdissident chinois

Face au Great Firewall qui filtre le web chinois, les cyberdissidents se saisissent des outils à disposition : VPN, proxy et ...

Cette dernière, autorise le parlement à emprisonner au secret, sans chef d’accusation et pour une période maximale de 6 mois, toute personne suspectée de crimes “mettant en danger la sécurité nationale”, internautes compris…

Entre mi février et mi avril, 1000 personnes ont été arrêtées, une cinquantaine de sites internet ont été fermés, 3000 ont été rappelés à l’ordre et 210 000 messages de micro blogs ont été effacé par la cyberpolice de l’empire du milieu.

Par ailleurs, et à titre d’exemple, les cyberdissidents Chen Xi (陈西) et Chen Wei (陈卫) ont été condamnés respectivement, les 26 et 23 décembre derniers, à onze et neuf ans de prison pour “subversion”comme le révèle Reporters sans frontières

Comme le souligne cependant Séverine Arsène, spécialiste des médias et de l’internet en Chine et auteure de “Internet et politique en Chine : Les contours normatifs de la contestation“:

Le durcissement de la répression et la volonté de faire taire les dissidences sont bel et bien réels et sont en partie liés au contexte du congrès du parti en octobre et à des tensions politiques dont témoignent les arrestations qui viennent d’avoir lieu à Chongqing. Cependant on voit que cela devient de plus en plus problématique pour les autorités d’emprisonner ou de réprimer avec impunité, en dehors du droit et en dehors d’une apparence légale pour la population et pour l’étranger. Certaine des mesures prises dernièrement étaient en fait déjà appliquées auparavant mais le gouvernement légifère car c’est un moyen de légitimer la répression. Cela témoigne en quelque sorte d’un certain respect pour le “formalisme de droit” face à une dissidence sur le web que le gouvernement ne parvient plus à endiguer.

Outre une utilisation purement répressive du web, le régime use de plus en plus de la technologie internet comme d’un outil stratégique dans tous les domaines de sa politique aussi bien pour comprendre et cibler les risques de dissidences en amont que pour gérer des intérêts économiques, diplomatiques ou encore militaires. Cette pensée politique visant à s’appuyer sur les nouvelles technologies pour gouverner est en réalité issue d’une pensée bien plus ancienne et profondément ancrée dans la conception chinoise du pouvoir . Au VIe siècle avant notre ère, le stratège et néanmoins auteur Sun Zi écrivait ainsi dans son”Art de la guerre”:

Celui qui excelle à résoudre les difficultés les résout avant qu’elles ne surgissent. Celui qui excelle à vaincre ses ennemis triomphe avant que les menaces de ceux-ci ne se concrétisent.


Illustrations et photos par (CC-by) Abode of chaos

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Les hackers débrident la Chine http://owni.fr/2012/05/08/les-hackers-debrident-la-chine/ http://owni.fr/2012/05/08/les-hackers-debrident-la-chine/#comments Tue, 08 May 2012 07:39:23 +0000 Sabine Blanc http://owni.fr/?p=108086

Dans l’imaginaire, le hacker chinois est un vilain pirate, parfois à la solde du gouvernement. Si ces black hats sont effectivement une réalité, une communauté de “gentils” hackers prend son essor en parallèle. Jusqu’à présent fournisseur en leds et autres circuits imprimés des hackerspaces du monde entier, les Chinois mettent à leur tour la main dans le hack. Illustration de cet envol, deux grands événements dédiés aux bidouilleurs créatifs de tous poils, hackers et makers, sont organisés ce printemps. Maker Faire, un concept de foire populaire né aux États-Unis et depuis décliné avec succès sur d’autres continents, s’est tenu pour la première fois en Chine en avril : Shenzhen, une ville au sud du pays jouxtant Hong Kong en pleine explosion économique, a accueilli des adeptes du DIY (do it yourself, fais-le toi-même). Et Maker Carnival a clos ses festivités samedi à Beijing, la capitale du pays, sur le même principe : des exposants, des ateliers, des rencontres.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Que mille hackerspaces fleurissent

L’Afrique, berceau de la bidouille

L’Afrique, berceau de la bidouille

Traversée par la tradition de la bidouille, l'Afrique manquait jusqu'ici de lieux où développer cet esprit. Mais le ...

À l’origine du mouvement, on trouve des Chinois qui ont eu l’occasion de s’expatrier ou de beaucoup voyager. Ricky Ng-Adam, qui a co-fondé le premier hackerspace chinois en 2010 à Shanghai, avec sa femme Min Lin Hsieh et David Li  XinCheJian, est même né au Canada.

Ensuite, des autochtones pur jus ont fini par grossir les rangs. Et ils prennent à leur tour l’initiative : le dernier-né, Onion Capsule hackerspace, à Hangzhou, a été lancé par quelqu’un qui n’a jamais quitté la Chine, tout comme ses membres.

Si on y vient pour le plaisir gratuit de bidouiller, cette montée en puissance est aussi favorisé par le contexte d’effervescence économique, comme l’explique Ricky Ng-Adam :

La  Chine est un endroit très propice, d’abord, parce que la technologie joue un rôle primordial au développement économique et avec beaucoup moins de controverse. Ensuite, dans un pays où le guanxi (relations interpersonnelles) jouent un rôle primordial, il est parfois difficile pour les Chinois qui sont à l’extérieur des organisations reconnues et légales, assez limitées, de créer ce genre de connexion. Un hackerspace permet aux plus jeunes de se rencontrer et de bâtir un réseau qui leur est propre à travers des projets collaboratifs plutôt que des repas bien arrosés et enfumés.
Certains participants chinois font effectivement pression pour transformer l’espace en incubateur ou espace purement commercial qui ont de la difficulté à percevoir les avantages non-monétaires de participer dans un tel espace. Souvent, la question clé de leur part concerne nos “profits”.

Et d’illustrer son propos avec son propre exemple puisqu’il démarre une entreprise avec un partenaire rencontré dans son hackerspace, un ingénieur électronique chinois. Leur idée ?
Viser les hackers avec un produit de niche, un super Arduino. De même, Eric Pan, un des organisateurs de Maker Faire Shenzen, a créé Seeed Technology, une société spécialisée dans le hardware open source, et co-fondé Chaihuo makerspace.

Satisfaire le marché intérieur

Mitch Altman, arpenteur inlassable des hackerspaces du monde entier, a pu mesurer cette effervescence lors de sa tournée des popotes. Six espaces visités, dont un à l’université de pétrochimie de Beijing. Il fait partie du programme Toyhouse, dont l’objet est d’implanter des hackerspaces dans les écoles et les universités dans toute la Chine pour favoriser l’apprentissage à travers un environnement créatif, pratique et ludique. Une initiative d’un professeur que Mitch résume ainsi :

Aider à faire évoluer la culture chinoise pour que le pays puisse connaître un futur économique.

Eric Pan et Mitch Altman à Shenzhen en avril 2012 (cc) Maltman

Mitch Altman y voit un des chemins pour faciliter une émancipation économique inéluctable. Les Chinois vont devoir innover autrement, car les équilibres économiques changent. Après avoir pendant des années conçu et fabriqué des objets destinés à être exporté dans les pays occidentaux, il va s’agir de se tourner maintenant vers leur marché intérieur en expansion, à la faveur de l’émergence d’une classe moyenne.

La Chine a une longue tradition confucianiste, où les gens ont une position et un rôle dans la société fixée à leur naissance. L’épanouissement personnel passe après. Les gens du coup sont encouragés à acquérir un statut plus élevé et à faire de l’argent, comme substitut à l’épanouissement. La possibilité d’être créatif est réduite grandement, alors que l’économie mondialisée d’aujourd’hui a besoin de gens créatifs au sens large.

Il y a un milliard de gens ici. Si un certain pourcentage explore et fait ce qu’il aime, ils trouveront des biens et des services pour la culture chinoise et monter une économie locale dont le pays a besoin. Et les hackerspaces peuvent jouer un rôle, en tant que communauté d’entraide où les gens font ce qui leur plait, que cela rapporte ou non de l’argent.

Eric Pan n’a d’ailleurs pas choisi au hasard de monter Maker Faire à Shenzen. Son but était de casser du stéréotype, expliquait-il. Si Shenzen est effectivement la ville où Foxconn, le très controversé sous-traitant d’Apple, elle n’a pas à rougir :

Shenzen est la ville la plus avancée en matière de technologie et de science en Chine, le meilleur endroit pour les start-ups. Il y a deux universités et chaque université, y compris celle de Beijing, a une antenne ici.

In fine, ce développement des hackerspaces est un vecteur de démocratisation, comme le souligne Ricky Ng-Adam :

Ils permettent de tisser des liens entre des groupes de différentes disciplines, classes sociales et âges sur une base égalitaire et axé sur la technologie. Nous pouvons servir d’inspiration pour la création d’une société ouverte et innovatrice.

Récupération gouvernementale

Facilitateur d’innovation et ferment démocratique : autant de raisons pour que le puissant État chinois suive de près le mouvement. Outre Toyhouse, la province de Shanghai a ainsi annoncé cet automne qu’elle allait soutenir un plan de développement de cent hackerspaces. Ce projet qui doit démarrer en mai prévoit de fournir le matériel aux hackerspaces remplissant certaines conditions : 100 m2 de surface et ouvert au moins deux cents jours par an.

Par définition, l’éthique hacker, où la notion de liberté et de détournement sont fondamentaux, semble difficilement compatible avec des fonds venus du gouvernement, a fortiori d’un État peu réputé pour son penchant pour les libertés fondamentales. Ricky Ng-Adam est dubitatif :

Il est intéressant de constater que la proposition originale se concentre uniquement sur les outils et l’espace physique sans considération pour la communauté – l’aspect qui devrait pourtant primer. Mais si les hackerspaces du gouvernement deviennent réalité un jour et qu’il y a effectivement clivage, il y aura probablement aussi création de règles dédiés à exclure des hackerspaces comme XinCheJian.
Comme tout les aspects de la société, nous sommes à la merci du gouvernement central qui pourra choisir soit d’appuyer à grande échelle une communauté avec un impact positif ou de l’interdire carrément s’ils le perçoivent comme un danger à leur pouvoir.

De fait, le gouvernement chinois a une attitude ambivalente envers les organismes à but non lucratif émanant de la société civile, dont il a à la fois besoin mais qui constituent un terreau contestataire. Des inquiétudes se sont élevées à propos des moyens de pression exercés par l’État pour leur nuire, en particulier financiers. Pour se prémunir, XinCheJian est enregistré comme entreprise. À moins que cette annonce grandiose ne serve surtout les poches des proches du pouvoir, dans un pays où la corruption est galopante.

Des craintes que ne partage pas (officiellement) Hao Zhang, un des organisateurs de Maker Carnival, et un des membres fondateurs Makerspace Beijing. Il est résolument optimiste :

Je ne vois pas d’inconvénient à cela. Si les universités, les entreprises et même des gens peuvent commencer un hackerspace, pourquoi pas le gouvernement ? C’est même mieux si le gouvernement soutient car cela bénéficiera à plus de gens et que le développement sera plus rapide. J’espère que tout le monde pourra faire ce qu’il veut dans le futur, sans faire de mal à d’autres.

C’est la raison principale pour laquelle que j’ai commencé le hack :

la liberté.


Illustrations par le Maker Carnival 2012 et editing par Ophelia Noor pour Owni /-) Photo d’Eric Pan et Mitch Altman via la galerie Flickr de Mitch Altman (CC-bysa)

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[infographie] Les forçats du jouet http://owni.fr/2011/12/19/chine-les-forcats-du-jouet-mattel-disney/ http://owni.fr/2011/12/19/chine-les-forcats-du-jouet-mattel-disney/#comments Mon, 19 Dec 2011 16:28:59 +0000 Loguy et Fabien Soyez http://owni.fr/?p=91139 La majorité des jouets offerts à Noël sont fabriqués en Chine, près de Hong Kong. Dans les fabriques de poupées et de voitures en plastique, les ouvriers ont le choix : travailler plus et gagner une misère, ou travailler moins et gagner encore moins. Parmi les géants du jouet, Mattel et Disney se disputent la première place.

Travail: ce que dit la loi chinoise

Pour comprendre cette infographie, il est nécessaire de connaître le code du travail chinois. Quelques éléments :

Les salariés ne doivent pas travailler plus de 8h par jour et plus de 44h par semaine.
Une semaine ne doit pas excéder 5 jours.
Le maximum légal est fixé à 174h de travail par mois.
Côté heures supplémentaires, un salarié chinois ne peut effectuer plus de 36 heures supplémentaires par mois.
Soit 2h supplémentaires par jour en moyenne ; 9h supplémentaires par semaine.


Salaire de base : le salaire de base varie selon la localité : à Shenzhen, c’est 154 euros/mois, à Dongguan, c’est 128 euros/mois.

Horaires réels: de l’entrée dans l’usine à la sortie de l’usine. Sont compris la pause déjeuner (1h30 environ), le dîner (1h) et les heures supplémentaires.

6 jours par semaine : les usines étudiées font travailler leurs salariés 6 jours par semaine au lieu de 5.

44h de travail par semaine maximum, 9h supplémentaires par semaine maximum ; donc 53h de travail réel par semaine. Pour les usines concernées, on atteint entre 60 et 72h par semaine.

Heures supplémentaires : 2h par jour, selon la loi chinoise.

Au “total” : un salarié ne peut travailler plus de 174h/mois et 36h  supplémentaires /mois, il ne peut donc dépasser 210h/mois de travail effectif. Pour les usines étudiées, ce chiffre total atteint entre 240 et 288h/mois (donc heures  supplémentaires  comprises).


Infographie réalisée par Loguy

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Les chinoiseries des fabricants de jouets http://owni.fr/2011/12/19/les-chinoiseries-des-fabricants-de-jouets/ http://owni.fr/2011/12/19/les-chinoiseries-des-fabricants-de-jouets/#comments Mon, 19 Dec 2011 11:27:18 +0000 Fabien Soyez http://owni.fr/?p=90897

Comme Mattel, la Walt Disney Company (WDC) a recours à des sous-traitants pour fabriquer les jouets à l’effigie de Mickey. Et dans pareil cas, Disney délègue sa responsabilité sociale à ses sous-traitants. Ceux-ci doivent s’engager à faire respecter, dans les usines qu’ils démarchent, un code de conduite propre à la WDC, intégré dans les contrats de licence et d’approvisionnement passés par le groupe.

Mattel et Disney fêtent Noël en Chine

Mattel et Disney fêtent Noël en Chine

Salaires de misère, amendes punitives, quatorze heures de travail par jour, six jours par semaine. Discrimination et ...


Ainsi, les fabricants “n’utiliseront pas” le travail infantile, le travail involontaire ou forcé, “traiteront chaque salarié avec dignité et respect”, “offriront un lieu de travail salubre et non-dangereux”, respecteront “au minimum” les lois en vigueur concernant les salaires et la durée du temps de travail, et ils respecteront le “droit des salariés à s’associer et à négocier collectivement”. Disney est associée à lInternational Council of Toy Industries (ICTI), mais possède sa propre équipe dédiée, The International Labor Standard (ILS), une équipe de juristes qui assure avoir commandité plusieurs milliers d’audits “maison” chez les fournisseurs de l’entreprise.

Chez Disney, on minimise : “Dans ces usines (Hung Hing et Sturdy Products), nos produits ne représentent que 5% de la production. Nous ne sommes pas les seuls clients de ces fournisseurs.” Et d’ajouter, agacés : “Comme par hasard, ces enquêtes sortent à la veille de Noël, elles ont été faites pendant la pleine saison… Je serais curieuse de voir la même étude pendant la période creuse. Mais nous ne cherchons pas d’excuse, bien sûr.’”

Depuis 2005, l’ONG Students & Scholars Against Corporate Misbehaviour (Sacom) a mené une dizaine d’enquêtes sur les usines sous-traitantes de Disney. “Nos rapports prouvent que les audits de Disney sont tout aussi inefficaces que ceux de l’ICTI”, affirme Debby Chan. A l’association Peuples Solidaires, Fanny Gallois s’interroge :

Comment nous faire croire que Disney arrive à faire respecter son code de conduite à des détenteurs de licence que l’entreprise connaît à peine ? Avec son système de licences, Disney sous-traite tellement qu’il n’est plus capable de remonter la chaîne d’approvisionnement, et de la maitriser.

Fanny Gallois décrit le système : “quand un scandale éclate, comme ici avec On Tay Toys ou Sturdy Products, Disney doit d’abord retrouver le nom du sous-traitant avant celui de l’usine, car elle ne possède pas la liste des usines.” Nathalie Dray, directrice de la communication corporate pour Walt Disney France, reconnaît :

C’est très compliqué de contrôler à 100% notre chaîne de production, il faut que les détenteurs de licence jouent le jeu. Mais on essaie de faire au mieux et on les pousse à mettre les usines en conformité.

Code de conduite

Grand classique de la communication de crise, les différents géants du jouet interrogés répondent tous peu ou prou la même chose : “Nous prenons le cas de ces usines très au sérieux”, lancent en chœur Disney et Mattel, qui précisent avoir demandé à leurs sous-traitants de “vérifier” les informations de la Sacom, avant de “prendre des mesures”.

Sur le site de On Tai Toys, les ouvriers fabriquent également les fameux Lego Books, des livres illustrés sur l’univers des briques à plot. Ces Lego Books sont distribués depuis douze ans pour Lego par un détenteur de licence, Dorling Kindersley (DK). Une bonne excuse pour Lego, qui minimise : “Nous avons demandé à DK de faire une enquête sur On Tai Toys. Par ailleurs, nous ne produisons que 10% de nos briques en Chine, dans des usines en relation très étroite avec nous. Ces usines et celles utilisées par nos détenteurs de licence sont régulièrement contrôlées par des cabinets d’audit accrédités par l’ICTI. Nous prenons tout cela très au sérieux et en cas de violation de notre code de conduite, nous pouvons aller jusqu’à la rupture des relations commerciales avec les usines concernées, mais en tout dernier recours“, explique Charlotte Simonsen, porte-parole du groupe danois.

Mattel, qui se contente de fournir aux journalistes ses statements et refuse “les interviews one to one”, rappelle que “depuis plus de 15 ans“, l’entreprise utilise un système de contrôle indépendant dans ses usines, avec un code de conduite “des plus exigeants”, et collabore activement avec l’ICTI “pour améliorer sans cesse les conditions de travail dans les usines.”

Tout va bien dans le meilleur des mondes. Après avoir “mené sa propre enquête”, Mattel considère le suicide de l’ouvrière de l’usine Sturdy Products Nianzhen Hu, comme un “incident tragique, mais isolé.” Et de préciser que “l’audit n’a trouvé aucune preuve de dépassement d’horaires imposés”, et que les ouvriers ayant dépassé la limite d’heures supplémentaires durant l’été “pouvaient refuser de les effectuer”.

Solution de survie

À la Sacom, Debby Chan demande aux géants du jouet de “prendre leurs responsabilités, et de ne plus lancer de promesses en l’air après chaque scandale : c’est à eux de changer leurs pratiques d’achat, la pression que Disney ou Mattel exercent sur les fournisseurs pour obtenir des prix toujours plus bas, les pousse à violer les lois du travail.” Les multinationales, exigeant des producteurs des délais de livraison “de plus en plus courts”, inciteraient les usines à fabriquer vite, quitte à ne pas respecter les codes de conduites.

“Les sous-traitants ont le couteau sous la gorge, exploiter les ouvriers devient presque pour eux une solution de survie !”, lance Marie-Claude Hessler, qui demande aux multinationales d’augmenter le prix à la commande, pour “permettre aux fournisseurs de payer un salaire décent aux ouvriers.” A Disney, on répond tout de go : “Nous ne sommes pas des donneurs d’ordres, ce sont nos licenciés qui passent les commandes, et nous on ne va pas leur imposer quoi que ce soit.” Qui sont ces détenteurs de licence ? “Nous ne révélerons pas la liste de nos sous-traitants, de nos fournisseurs et de nos licenciés“, répondent Disney et Mattel. À la Sacom, Debby Chan soupire :

Les géants du jouet ne jouent pas le jeu. S’ils rendaient publiques les listes de leurs fournisseurs, comme Nike, Adidas ou Puma l’ont fait avant elles, les organisations civiles pourraient au moins renforcer leur surveillance et pousser les usines à adopter une meilleure conduite.

Pour le moment, parmi les géants du jouet, seul l’éditeur du Monopoly, Hasbro, publie sur son site internet la liste de ses fournisseurs en Chine. Des usines situées sans surprise autour de Shenzhen et de Dongguan.

Ce que les ONG réclament, c’est aussi une “nouvelle organisation”, autre que l’ICTI, qui travaillerait en étroite collaboration avec les fournisseurs et les associations, pour pousser le gouvernement chinois et les usines à garantir aux ouvriers une “réelle liberté syndicale”. En Chine, pays qui n’a pas adhéré aux normes fondamentales de l’OIT (Organisation Internationale du Travail) sur la liberté d’association et de négociation collective, le système est celui du syndicat unique. “Les syndicats qui existent dans les usines sont assujettis au syndicat unique, qui est lui même soumis à l’État et au parti communiste”, explique Anthony Jin, qui a dirigé une entreprise en Chine pendant cinq ans.

La Fédération syndicale de Chine (ACFTU) donne une illusion de liberté syndicale, mais en réalité c’est une façade. L’ACFTU est le syndicat des patrons, il fait le lien entre les ouvriers et la direction, mais il ne permet pas aux ouvriers de défendre leurs droits, qui ne peuvent pas former eux mêmes le syndicat de leur choix.

D’après Anthony Jin, “le gouvernement chinois a peur des revendications collectives, il se souvient de l’URSS et de Solidarnosc.” Pour Debby Chan, de la Sacom, il revient aux multinationales comme Mattel ou Disney de faire pression sur le gouvernement chinois. A Disney, Nathalie Dray constate : “Isolément, nous n’avons pas de poids, pour faire changer les choses au niveau du gouvernement chinois, nous ne pouvons nous reposer que sur l’ICTI, c’est au travers de la Fédération que nous pourrons négocier.”

D’ici là, la Sacom, qui ne fait “aucunement confiance en l’ICTI” et demande donc la création d’une nouvelle Fédération, propose une alternative : la mise en place dans les usines de “comités d’ouvriers”, qui ne sont pas mentionnés dans la loi chinoise. “C’est une zone grise, ces comités peuvent donc être créés, en théorie.” Dans deux usines sous-traitantes de Disney, “les ouvriers ont pu élire des représentants, grâce à la pression de Disney. Il ne s’agit pas de vrais syndicats, mais c’est déjà un progrès”, lance Debby Chan.


Photos sous licences Creative Commons via Flickr : source

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Mattel et Disney fêtent Noël en Chine http://owni.fr/2011/12/19/mattel-disney-noel-chine-usine-jouets/ http://owni.fr/2011/12/19/mattel-disney-noel-chine-usine-jouets/#comments Mon, 19 Dec 2011 07:35:01 +0000 Fabien Soyez http://owni.fr/?p=90241 Les ménages français dépenseront en moyenne 67 euros en jouets pour ces fêtes de Noël. Toupies Beyblade, Zhu Zhu Pets et voitures télécommandées Cars 2 devraient être les jouets vedettes de ces fêtes. Mais dans les coulisses, se profile un tableau moins joyeux. Celui de la production des jouets en question. Ce marché du jouet qui connaît peu la crise. Il pèse 80 milliards de dollars sur le plan mondial, 3 058 millions d’euros en France. Pas de chance pour les majors du secteur, un rapport sur les conditions de travail dans l’industrie du jouet en Chine accable particulièrement Disney et Mattel.

Les chinoiseries des fabricants de jouets

Les chinoiseries des fabricants de jouets

Mattel, Lego ou Disney profitent allègrement des terribles conditions de travail imposées dans les usines chinoises où ...


Entre mai et octobre, quand les usines de jouets tournent à plein régime en vue des fêtes de Noël, une association d’universitaires basée à Hong Kong, la Sacom, et l’organisation China Labor Watch (CLW), ont mené une enquête approfondie chez plusieurs sous-traitants de ces multinationales.

Salaires payés en retard, heures supplémentaires obligatoires, privation de jours de repos, interdiction de parler ou de se rendre aux toilettes, amendes punitives, discrimination sexuelle, harcèlement au travail : l’enquête révèle une liste impressionnante d’abus et de violations de principes fondamentaux. Les responsables de Disney et Mattel que nous avons contactés ont cherché à relativiser les résultats de ces travaux , en citant les audits qu’ils affirment réaliser sur le sérieux de leurs sous-traitants en Chine (lire notre enquête sur ce point).

Trois Barbie vendues par secondes

L’industrie du jouet en Chine, ce sont 4 millions d’ouvriers, qui produisent 80% des jouets vendus à travers le monde, 90% des jouets importés en Europe. 60% de ceux importés en France. 4 000 usines chinoises travaillent pour les sous-traitants de Mattel et Disney. 70% de ces usines se situent en Chine du Sud, près de la côte, dans le delta de la Rivière des Perles, une “zone économique spéciale“, sorte d’arrière-pays de Hong-Kong.

Barbie à la chaîne

En 2001 déjà, un rapport du Hong Kong Christian Industrial Committee (HKCIC) y dénonçait des conditions de travail “infernales”, épinglant sans ménagement Hasbro, McDonald’s, Disney et Mattel. “Dix ans plus tard, rien n’a vraiment changé, malgré quelques améliorations minimes”, déplore Debby Chan, chef de projet à la Sacom.

Premier géant du jouet pointé du doigt : Mattel. Chaque année, le leader mondial du jouet commercialise des millions de poupées Barbie (trois par seconde) fabriquées à 80% en Chine. Sur le site de Sturdy Products, à Shenzhen, on ne fabrique pas la célèbre poupée, mais des voitures miniatures, qui s’arracheront probablement à Noël : les Hot Wheels. Dans l’usine chinoise, déjà dénoncée par la Sacom en 2007, quelque 6 000 ouvriers travaillent d’arrache-pied, 12h par jour, 6 jours par semaine, pour des salaires ridiculement bas. Selon la Sacom :

Les salaires sont maintenus à des niveaux extrêmement bas, à cause des quotas de production qui sont presque impossibles à remplir.

Dans cette fabrique, qui a exporté en 2010 plus de 30 millions de dollars de jouets, les ouvriers touchent 154 euros par mois, le salaire minimum. En effectuant des heures supplémentaires, ils peuvent espérer atteindre 327 euros. Pour cela, le maximum légal de 36 heures supplémentaires par mois est allégrement dépassé. Les ouvriers de Sturdy Products ont ainsi effectué, l’été dernier, pendant la “haute saison”, entre 100 et 120 heures supplémentaires par mois, comme le prouvent des fiches de paie que s’est procurée la Sacom.

Une voiture Hotwheels, beaucoup d'heures supplémentaires

Au moment de l’embauche, certains ouvriers affirment avoir été poussés à signer un document les engageant à travailler au delà du maximum légal. Debby Chan, de la Sacom, décrit des conditions de travail “indignes”, proches de “l’enfer” :

Les ouvriers, des femmes le plus souvent, sont harcelés et insultés en permanence par leurs patrons. Les cadences de travail sont excessives, il faut produire beaucoup en peu de temps. Il y a de graves négligences en matière de sécurité du travail. Les ouvrières utilisent des produits chimiques dangereux, des diluants, des colles, du plomb. Des masques chirurgicaux leur sont fournis, mais ils sont inefficaces pour les protéger des vapeurs toxiques. Récemment, deux ouvrières ont dû être hospitalisées, mais elles n’ont reçu aucune compensation de la part de leurs employeurs.

D’après l’enquête de l’ONG, l’usine de Shenzhen aurait employé plusieurs enfants âgés de 14 à 15 ans. En mai 2011, Nianzhen Hu, une ouvrière de l’usine, s’est suicidée en sautant du sixième étage de l’usine. Selon sa famille, elle était souvent “réprimandée” par la direction “parce qu’elle n’était pas assez efficace”. On lui avait ordonné, en guise de punition, de ne pas venir travailler.

Audits inefficaces

Depuis 2006, l’usine est pourtant régulièrement certifiée décente” par la Fédération Internationale des Industries du Jouet (ICTI). Depuis dix ans, l’ICTI effectue des audits sociaux dans plus de 2 400 usines chinoises. Destiné à “promouvoir une fabrication éthique”, le “Care Process” de l’ICTI repose sur un code de pratiques commerciales” imposé aux sous-traitants de multinationales membres, comme Mattel, qui interdit le travail des enfants et édicte une série de “règles de bonnes conduites” à respecter : “environnement de travail sûr“, “assistante médicale en cas d’urgence”, congés maladie, etc.

Disney Store Toys

Un rayon de peluches au Disney Store des Champs Elysées. Tous ces jouets sont "made in China".

Marie-Claude Hessler, ancienne juriste d’Amnesty International, est actionnaire minoritaire de Mattel. À chaque assemblée générale, en mai à Los Angeles, elle prend la parole et pose aux dirigeants des questions qui fâchent. Les audits de l’ICTI, l’ex-juriste les considère comme “de la poudre aux yeux.”

Les inspecteurs de l’ICTI viennent d’Europe ou des Etats-Unis, sans vraie connaissance du terrain. Ils sont très faciles à leurrer. Et quand la Fédération fait appel à des compagnies d’audit externes, régulièrement, des usines se plaignent de la corruption des inspecteurs, qui leur réclament de l’argent contre une certification.

Les ONG dénoncent des audits sociaux inefficaces, inutiles. Feng Yu, 21 ans, a travaillé pendant trois ans dans plusieurs usines de jouets à Shenzhen. Elle raconte : “Avant les contrôles, on nous réunissait dans une salle, et on nous expliquait les questions que l’on allait nous poser, et surtout ce qu’il fallait répondre aux inspecteurs.” A Sturdy Products, la Sacom reporte même le cas d’ouvriers payés pour mentir lors des audits. Debby Chan ne se fait aucune illusion :

Dans la pratique, les directeurs d’usines sont informés à l’avance de l’arrivée des inspecteurs, ils ont le temps de faire le grand ménage, de cacher les produits chimiques, de faire partir les enfants, de fabriquer de faux contrats de travail, de fausses fiches de paie. C’est tout un cinéma qui est mis en place pour tromper les inspecteurs.

Marie-Claude Hessler déplore l’attitude de Mattel et d’autres géants du jouet, comme Disney, qui “se reposent de plus en plus sur les audits de l’ICTI, avant de mener leurs propres vérifications.” En 1997, Mattel avait monté une cellule d’experts indépendants, qui visitaient les usines tous les trois ans, faisant respecter le code de conduite de l’entreprise. “A l’époque, l’entreprise avait un PDG un peu avant-gardiste, mais depuis qu’il a été remplacé, Mattel a supprimé cette commission indépendante et se cache derrière l’ICTI, se bornant à publier de temps en temps les rapports de la Fédération”, lance Marie-Claude Hessler. L’ancienne juriste déplore l’attitude de l’ICTI : “Pour l’industrie du jouet, les audits doivent rester inefficaces… ça rapporte beaucoup trop.”

Interrogé par OWNI, le président de l’ICTI Care Process, Christian Ewert, n’apprécie pas. “Le but de notre Code de conduite est d’assurer un traitement équitable des ouvriers des usines de jouets, dans le monde entier. Quand une usine ne respecte pas le code, nous veillons à ce qu’elle corrige le tir. Nos contrôles sont quant à eux d’une grande qualité “ Et de tirer à boulets rouges sur la Sacom :

La Sacom n’est vraiment pas gentille avec l’ICTI Care Process. Ces dernières années, elle n’a cessé de nous critiquer, n’a jamais donné de crédit à nos actions, et refuse de nous rencontrer. Nous sommes pourtant ouverts au dialogue, acceptons les enquêtes des ONG, et agissons dès que les résultats de ces enquêtes nous sont communiqués, ou lorsqu’un ouvrier nous contacte pour dénoncer son usine. Notre travail se fait dans la durée, il prend du temps, et chaque année les choses vont de mieux en mieux.

30 heures de travail ininterrompues

Également pointée du doigt, la Walt Disney Company. À Sturdy Products, les ouvriers chinois produisent ses petites voitures à l’effigie de Flash McQueen, héros de Cars. Dans son dernier rapport, la Sacom se penche aussi sur la situation à On Tai Toys et Hung Hing Printing, deux usines nichées dans le delta de la Rivière des Perles. Les figurines Buzz l’Eclair, les albums de coloriage Disney sortent chaque hiver de ces fabriques, où les ouvriers travaillent entre 12 et 14 heures par jour, dans des conditions dangereuses.

Dans l’usine de On Tai Toys, les ouvriers manipulent ainsi des produits chimiques sans étiquettes, et sans moyens de protection (gants, masques). Ils dorment à l’usine, dans des dortoirs minuscules, envahis par les rats et les insectes. Le logement et la cantine, 40 euros en tout, sont retenus sur les salaires des ouvriers. A Hung Hing, l’une des 30 usines chinoises comptant le plus d’accidents de travail, les blessures sont monnaie courante, et les salaires sont payés avec trois semaines voire un mois de retard.

OWNI a contacté les différentes usines concernées, souvent en vain. À On Tai Toys, “on ne répond pas aux journalistes”, lance froidement un responsable de l’usine. A Sturdy Products, Damon Chan, l’un des responsables de l’usine, demande très poliment un peu de temps avant de répondre (OWNI attend toujours sa réponse), mais indique “prendre cette affaire, sujet très sensible à Sturdy Products, très au sérieux.”

Seule véritable réaction, celle du directeur général de Hung Hing Printing Group, Dennis Wong, qui justifie le dépassement des heures supplémentaires par des salaires de base “insuffisants pour vivre : les ouvriers ne peuvent gagner plus de 154 euros par mois, ils ont besoin de ces heures supplémentaires.” Entre juin et octobre, pendant la haute saison, des ouvriers de Hung Hing ont effectué jusqu’à 100 heures supplémentaires par mois, certains jusqu’à 30 heures interrompues, uniquement pour “honorer les délais d’une commande.”


Photos sous licences Creative Commons via Flickr : source et photo du Disney Store au mobile par Fabien Soyez

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Les data en forme http://owni.fr/2011/10/17/data-cartographie-infographie-chinois-congres-opendata-montreal-vin-yahoo/ http://owni.fr/2011/10/17/data-cartographie-infographie-chinois-congres-opendata-montreal-vin-yahoo/#comments Mon, 17 Oct 2011 08:19:59 +0000 Paule d'Atha http://owni.fr/?p=83390 C’est mal, mais nous allons débuter cet article en nous comportant comme d’affreux parisiens. Le premier projet data sur lequel nous attirons votre attention est une cartographie des inégalités de revenus en Ile-de-France, proposée par Jean Abbiateci, sur le désormais indispensable blog d’Elsa Fayner, Et voilà le travail. La carte présente trois indicateurs : le niveau des inégalités des revenus des ménages franciliens, l’évolution de ces mêmes inégalités dans le temps et à titre de comparaison, le revenu fiscal médian. Chaque indicateur est détaillé par commune, avec une visualisation spécifique.

La démarche, expliquée dans l’article accompagnant la cartographie, se distingue par son accessibilité. Jean Abbiateci a ainsi utilisé des données publiques, de l’INSEE – la distribution des revenus fiscaux déclarés par les ménages de 2001 à 2009 -, auxquelles il a appliqué deux indicateurs traditionnels pour mesurer les inégalités : le ratio entre ce que gagnent les 10% les plus riches et les 10% les plus pauvres ; et le coefficient de Gini. Le tout propulsé dans un outil de visualisation gratuit : Google Maps, bien travaillé et manipulé pour rendre le tout compréhensible, détaillé et interactif.

Les inégalités de revenus en Ile-de-France, par Jean Abbiateci

Chinese men

Sur la question des revenus, après les affreux parisiens, intéressons-nous à l’argent des Chinois. De l’argent qu’ils investissent à l’étranger : c’est une question qui, à OWNI, nous avait déjà interpellé, nous en avions fait une application interactive. The Heritage Foundation- le think tank des neocons – l’a étudié de manière plus précise, et au niveau mondial.

Leur carte des investissements globaux de la Chine dans le monde est particulièrement intéressante par le jeu qu’elle permet entre trois types de visualisation : une cartographie en fond, pour observer le total des investissements ; un graphique à droite pour observer les chiffres par année et enfin un graphique à gauche représentant les secteurs les plus investis.

Cartographie des investissement de la Chine, par The Heritage Foundation

Peut-être pourraient-ils également promouvoir plus de représentativité dans les instances américaines. Car, à en croire cette jolie infographie de “GOOD”, c’est loin d’être le cas au Congrès, notamment.

Dans cette infographie, GOOD visualise à gauche ce à quoi ressemble le Congrès actuellement, selon le sexe, la religion, la race, et l’appartenance politique ; et à droite ce à quoi il devrait ressembler pour être réellement représentatif de la nation. Quelques faits marquants : les femmes occupent actuellement à peine 17% des sièges ; les Américains de type caucasiens (Blancs) représentent 85% alors qu’ils ne devraient représenter que 71%.

Les fans de Talking Heads reconnaîtront le clin d’œil du titre “This is not my beautiful house”, pour les autres, séance de rattrapage ici.

La (non-)représentativité du Congrès américain, par GOOD

La minute Open Data

Chaque semaine, Paule d’Atha tombe encore un peu plus amoureuse de Montréal et de sa politique Open Data. Après vous avoir présenté il y a quinze jours l’application permettant d’équilibrer le budget de l’arrondissement du Plateau-Mont Royal, voilà la cartographie des inspections sanitaires des établissements alimentaires montréalais. Vous pouvez y visualiser les dernières amendes distribuées, les établissements ayant cumulé le plus d’infractions (ceux où inviter votre belle-mère), et ceux ayant payé les plus fortes amendes. Cliquez sur l’un d’entre eux pour obtenir la date, le montant et la nature de l’infraction.

On ne saurait trop vous conseiller de descendre tout en bas de l’écran et de cliquer sur la jolie petite fleur blanche sur fond rouge accompagnée de la mention “Données ouvertes Montréal” qui vous explique la politique et l’état des lieux de l’Open Data à Montréal.

Inspections sanitaires des établissements alimentaires montréalais

De la data à table

Si tu ne viens pas à la data, la data viendra à toi. En l’occurrence ici, on parlera plutôt d’infographie, et elle viendra à vous sous la forme d’une bouteille de vin (y a pire) australien (y a mieux).
Between Five Bells, un vin australien, a sorti son cru 2011 dans de jolies bouteilles habillées de diverses infographies sur le processus de fabrication du vin suivant les cépages, l’évolution des températures au cours de la saison écoulée et ses influences sur la vigne, etc. Boire, visualiser, s’instruire, le trio gagnant.

Des bouteilles de vin infographiquement habillées

Travail préparatoire du designer, Nicholas Feltron ©

All your emails are belong to us

Conçue par Yahoo!, sur Yahoo!, pour Yahoo!, cette visualisation en temps réel est largement promotionnelle. Elle permet d’observer le nombre de mails envoyés chaque seconde par ce service de messagerie, ainsi que le nombre de spams bloqués ou encore les termes clés revenant le plus souvent dans les mails (oui, Yahoo! lit donc tous vos mails). Autrement dit, visualiser la puissance de Yahoo!. Mais ils ont préféré le HTML au Flash qui offre un résultat très lisible, méritant quelques lignes dans notre chronique des nouveaux territoires du journalisme de données.

Visualiser la puissance de Yahoo!, par Yahoo!

Faire du neuf avec du vieux

Un projet Flowing Data sur l’espérance de vie pour terminer.

Le set de data est loin d’être nouveau : l’évolution de l’espérance de vie, pour tous les pays du monde, depuis 1960 a été mis en ligne par la Banque mondiale depuis plus d’un an. Des visualisations réussies ont déjà été proposées sur ce sujet, notamment celle de Google. Le design et la technique de ce projet rappelle ceux de Fathom 500. Et pourtant, le rendu est intéressant, la comparaison entre pays et zones facilitée, comme quoi il y a toujours du neuf à créer avec la data.

L'évolution de l'espérance de vie, version Flowing Data


Illustration de l’article : étiquette des bouteilles de vin Between Five Bells, par Nicholas Felton ©


Retrouvez les précédents épisodes des Data en forme !

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[Carte Interactive] La Chine investit l’Europe http://owni.fr/2011/09/20/carte-interactive-la-chine-investit-leurope/ http://owni.fr/2011/09/20/carte-interactive-la-chine-investit-leurope/#comments Tue, 20 Sep 2011 14:06:53 +0000 Alexandre Marchand http://owni.fr/?p=79674 L’application interactive ci-dessus permet de visualiser l’essentiel des prises de participations réalisées par des investisseurs chinois en Europe

Châteauroux, paisible préfecture de l’Indre avec ses champs environnants, sa vieille base militaire agonisante, son pâté berrichon. Et son futur “Business District”. En ce moment, l’armée quitte les vieilles installations américaines datant des années 1950 et les Chinois s’apprêtent à s’y installer, amenant des centaines de millions d’euros dans leurs poches. Pour sa première base européenne, Pékin parie sur le Berry. À partir de 2012, un nouveau parc industriel de près de 850 hectares accueillera 40 entreprises chinoises pionnières spécialisées dans les hautes technologies et les énergies renouvelables. Avec, à la clé, la promesse de 3 200 emplois locaux.

Rachats de bons de dettes publiques, acquisition d’entreprises en difficulté, obtention de concessions portuaires, guerre des monnaies… Dans une Europe en crise, la Chine et ses montagnes de billets impressionnent toujours, effrayent parfois. Après avoir investi massivement en Afrique, la voilà qui se tourne vers les secteurs à haute valeur ajoutée du Vieux Continent. Son but: faire des industries émergentes la colonne vertébrale de sa croissance future.

Les investissements chinois doivent cependant être relativisés. Pour l’année 2009, ils représentaient à peine 0,4% du stock total des fameux Investissements directs à l’étranger (IDE) accueillis par l’Union Européenne.

Mais leur rythme de croissance donne le tournis. Relativement stables jusqu’en 2004, les investissements chinois ont été multipliés par treize en l’espace de six ans. Si aucune donnée européenne postérieure à 2009 n’est disponible, on peut toutefois avancer que leur croissance n’a fait que s’accélérer. Pour les seuls six premiers mois de l’année 2011, les acquisitions d’entreprises en Europe occidentale ont déjà été cinq fois plus importantes [en] que pour la totalité de l’année 2010.

Mesurer l’implication de la Chine en Europe s’avère un exercice délicat. Difficile de ne pas s’égarer dans cet enchevêtrement de flux financiers, d’autant plus que l’opacité règne dès lors qu’on en vient aux chiffres. Aucune base de données harmonisée n’existe sur le sujet. Pour cette application, OWNI s’est donc basé sur la somme des stocks d’IDE chinois (Hong-Kong inclus) dans l’Union Européenne ainsi qu’une recension, non-exhaustive, des principales acquisitions d’entreprises par des acteurs économiques chinois au cours de ces dernières années (jusqu’à août 2011). Malgré ses spécificités, Hong-Kong a été compris dans cette application car la majeure partie des capitaux chinois y transitent.

Cette démarche ne tient notamment pas compte des achats de bons de dettes publiques européennes qui ont tant défrayé la chronique ces derniers temps. Si la Chine publie le montant total de ses réserves de liquidités, elle en tient la composition détaillée secrète. Impossible donc de savoir à quels bons de Trésors elle a souscrit et dans quelles proportions. Un cadre de la Banque Centrale Européenne estimait récemment [en], sous couvert d’anonymat, les prêts de la Chine aux pays de l’Europe du Sud de l’ordre de 15 à 20 milliards d’euros (des “cacahuètes” selon lui). Si ces chiffres étaient confirmés, ils s’avéreraient bien plus faibles que les prévisions initiales.

Des technologies bien définies

Suivant la logique de l’histoire économique, la Chine entend passer d’une économie basée sur la production de biens bon marché à une économie de services reposant sur des secteurs à haute valeur ajoutée. À l’inverse de l’Afrique, le Vieux Continent ne présente pas d’attrayantes réserves de ressources naturelles susceptibles d’alimenter les phénoménaux besoins énergétiques chinois. Il possède, en revanche, des industries de pointe qui les intéressent fortement.

Il n’est pas anodin que les investissements en Europe aient décollé en 2005. Cette date marque le début d’une nouvelle stratégie à long terme pour la Chine. L’investissement à l’étranger dans des secteurs considérés comme stratégiques est fortement incité, voire aidé via des fonds publics et des avantages fiscaux. Charge aux plans quinquennaux de donner la ligne directrice des investissements. Le 11ème plan [en] (2005-2010) définissait ainsi pour la première fois les secteurs à viser : biotechnologies, équipement haut de gamme, technologies de l’information… Quant au 12ème plan quinquennal [en] (2010-2015), implémenté depuis le mois de mars, il esquisse les secteurs vers lesquels l’investissement chinois se dirigera dans les années à venir : technologie verte, énergies alternatives, véhicules propres…

Comme le montre le graphique ci-dessus, la répartition des investissements chinois en Europe reflète bien leurs priorités stratégiques, présentes et futures. Seul élément pouvant prêter à confusion : l’industrie minière. Cette disproportion s’explique par la coûteuse prise de participation ou de contrôle de grands groupes basés en Grande-Bretagne (Rio Tinto, Caledon Ressources…) afin d’accéder aux ressources minières du CommonWealth.

Investisseurs privés et publics

Une bonne partie des capitaux chinois provient de quelques gigantesques conglomérats (souvent proprement hong-kongais) à l’image du groupe Cheung Kong, propriété  du milliardaire Li Ka Shing. De fabriquant de plastique dans les années 1950, l’entreprise a grandi au fil des décennies jusqu’à devenir une véritable multinationale aux large ramifications. À lui seul Cheung Kong, par le biais de sa filiale Cheung Kong Infrastructures Holdings Ltd, a ainsi investi près de douze milliards dans des entreprises européennes du domaine de l’énergie.

Autres acteurs majeurs de la Chineurope : les groupes publics de Chine continentale. Si les noms de China Development Bank, China Investment Corporation ou encore CITIC ne sont guère familiers aux oreilles occidentales, ils représentent pourtant le fer de lance de la stratégie des Chinois. Que ce soit dans la dispendieuse mais hautement symbolique prise de participation de la banque Barclays [en] ou dans un prêt de 7 milliards d’euros [en] destiné à la production de panneaux solaires en Europe, ils s’impliquent dans tous les secteurs stratégiques.

Mais le rôle de l’État chinois pourrait bien ne pas s’arrêter là : la structure de certaines entreprises “privées” est parfois fortement questionnée. En 2005, le géant des télécoms Huawei tente de racheter le groupe de téléphonie Marconi. Des rumeurs suggèrent alors publiquement des liens étroits entre le conglomérat et l’armée nationale chinoise (dont est issue le fondateur de l’entreprise). L’offre sera rejetée. En 2009, les États-Unis interdisent au groupe toute prise de contrôle de réseaux de communications sur leur territoire. Au même moment, l’Italie accueille Huawei à bras ouverts pour construire un réseau national de télécoms…

Face à la présence grandissante de la Chine, les pays européens se présentent une fois de plus divisés, incapables de décider d’une ligne de conduite à adopter. À l’heure où les instituts Confucius commencent à proliférer, où des nombres grandissants d’étudiants vont goûter l’expérience de l’Extrême Orient, la Chine double sa stratégie économique de premiers tâtonnements dans le domaine du soft power. Quelles que soient ses visées, la Chine pourrait bien avoir le dernier mot. Un haut dignitaire chinois résumait récemment la situation en ces termes crûs, sans appel:

Vous avez besoin de notre argent.

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Application réalisée par Marion Boucharlat au design, Valentin Squirelo au développement et Guénaël Pépin au traitement de données.

Illustrations: FlickR CC PaternitéPas d'utilisation commercialePartage selon les Conditions Initiales Gwenaël Piaser / PaternitéPartage selon les Conditions Initiales Mathias M / PaternitéPas d'utilisation commercialePartage selon les Conditions Initiales Diogo Martins.

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La fin du monde, “made in China” http://owni.fr/2011/08/04/espionnage-hacking-chine-etats-unis-cyberguerre/ http://owni.fr/2011/08/04/espionnage-hacking-chine-etats-unis-cyberguerre/#comments Thu, 04 Aug 2011 16:06:13 +0000 Olivier Tesquet http://owni.fr/?p=75429 Cette fois-ci, c’est sûr, certain, gravé dans le marbre, écrit dans un épais rapport. Cette fois-ci, ce sont les Chinois. De quoi les accuse-t-on? D’être derrière la plus vaste attaque informatique jamais enregistrée, inédite par son ampleur et sa durée. Tant et si bien que Vanity Fair, qui s’est fait le premier écho de l’affaire dans la presse, parle d’une “campagne de cyber-espionnage sans précédent” et va jusqu’à consacrer un dossier à la menace sino-technologique.

Mise au jour par l’éditeur de logiciels de sécurité américain McAfee, l’opération “Shady RAT” (“outil louche de contrôle à distance” en bon français, ou “Mouchard Ténébreux”, dixit RFI) aurait pillé les informations de plus de 70 gouvernements, entreprises ou organisations pendant cinq ans. Pourtant, Dmitri Alperovitch, le directeur de recherche qui a identifié la cellule souche et la décrypte sur son blog et dans un rapport de 15 pages (PDF, en), se garde bien d’accuser ouvertement Pékin. En revanche, il dédouane “les mouvements activistes vaguement organisés” (des Anonymous à LulzSec), pour évoquer un commanditaire autrement plus coordonné:

Même si l’ampleur et la durée de Shady RAT peuvent choquer ceux qui n’ont pas été intimement impliqués dans les investigations sur ces opérations précises d’espionnage, j’aimerais vous prévenir que ce que je décris ici a été une opération spécifique conduite par un seul acteur.

La muleta chinoise

Parmi les victimes de ce grand détroussage dont les conséquences immédiates restent assez floues, les États-Unis sont les plus touchés: sur 72 cibles, 49 sont américaines. Et pas n’importe lesquelles, puisque 13 entreprises d’armement et plusieurs agences gouvernementales figurent dans la liste. Concomitance ou signe avant-coureur, plusieurs mastodontes du complexe militaro-industriel avaient été dépouillés il y a quelques semaines. Parmi eux, Lockheed Martin, L-3 Communications et Northrop Grumman, tous pesant des dizaines de milliards de dollars.

Aux côtés des États-Unis, on retrouve une douzaine d’autres pays, dont le Canada, le Japon, la Corée du Sud, l’Allemagne, le Royaume-Uni ou l’Inde. La présence de Taïwan serait quant à elle la preuve formelle de l’implication chinoise. C’est en tout cas l’avis de James Lewis, un analyste du Center for Strategic and International Studies (CSIS), un think tank bipartisan de Washington D.C. :

Tous les signes pointent vers la Chine… Qui d’autre espionne Taïwan?

La conclusion peut sembler hâtive, toujours est-il qu’elle a été relayée par bon nombre d’experts, y compris chez Microsoft. Toujours prompts à pointer du doigt un Empire du milieu décidément bien encombrant, ceux-ci s’en donnent à cœur joie. Très à la mode dans les milieux de l’intelligence économique – le précédent Renault suffit pour s’en convaincre – le chiffon rouge chinois n’est pas non plus une muleta créée ex nihilo et agitée par des pays occidentaux empêtrés dans une révolution numérique qui les submerge. En 2010 aux Etats-Unis, 11 citoyens chinois ont été poursuivis pour espionnage. Dix d’entre eux s’intéressaient à des objectifs de haute technologie.

Course aux cyber-armements

Même si les autorités chinoises passent leur temps à disqualifier les accusations américaines en réclamant des preuves que le camp d’en face est incapable de fournir, les bataillons de honkers (ces hackers patriotes formés aux frais du Parti) et l’attaque surmédiatisée contre Google début 2010 ont définitivement changé la donne géopolitique.

Désormais, selon une rhétorique post-Guerre froide largement alimentée par les deux discours d’Hillary Clinton sur la liberté d’Internet, les éditorialistes évoquent une “course aux cyber-armements” où les capacités de réactions aux virus remplacent la bombe H et les fusées. S’adressant à un parterre de spécialistes de la sécurité informatique lors de la conférence Black Hat à Las Vegas, un vétéran de la CIA, Cofer Black, a affirmé que “la guerre des codes” était sur le point d’éclater (une terminologie que nous utilisions déjà début juin, avec une lecture sensiblement différente).

Auditer le matériel

Problème, ce nouveau terrain de jeu, doublé d’un paradigme stratégique aux contours pas très nets, vient se juxtaposer à une réalité quelque peu déconcertante. Faites donc le test: regardez derrière vos unités centrales, sous vos ordinateurs portables, et comptez le nombre de produits estampillés “Made in China” (en réalité, le bout de la chaîne, comme l’expliquait le New York Times dès 2006). Tant et si bien que le Congrès américain commence à auditionner des spécialistes inquiets. L’un d’entre eux, Kevin Coleman, estime qu’il vaudrait mieux auditer le matériel du Pentagone ou des agences fédérales avant de jouer les vierges effarouchées:

Si nous ne décidons pas de tout fabriquer chez nous, alors il faut améliorer les outils et les techniques de validation.

Si demain, Foxconn, le sous-traitant chinois d’Apple, décide de programmer ses robots pour qu’ils implémentent des malwares dans des iPhone destinés à la vente mondiale, les États-Unis risquent fort d’être pris au dépourvu. Et ce n’est pas tout. Il y a un peu plus d’un an, 600 responsables de la sécurité informatique de grandes entreprises répondaient à un sondage et établissaient le palmarès des pays les plus perméables aux attaques informatiques. Les États-Unis arrivaient en tête, avec 36% des suffrages, devant la Chine. L’étude était commissionnée par… McAfee.


Crédits photo: McAfee, Flickr CC kallao, thelustlizardofmelancholycove

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