OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 La nébuleuse suisse des copinages public-privé http://owni.fr/2012/11/29/la-nebuleuse-suisse-des-copinages-public-prive/ http://owni.fr/2012/11/29/la-nebuleuse-suisse-des-copinages-public-prive/#comments Thu, 29 Nov 2012 11:20:36 +0000 Sylvain Lapoix http://owni.fr/?p=126801 Le Matin a traqué les liens entre public et privé dans l'attribution des marchés publics pour les résumer en une magnifique carte où se mêlent argent, influence et conflits d'intérêts, en s'appuyant sur le registre des appels d'offre de la confédération helvétique. ]]>

À plat sur un poster, les réseaux entre administration et entreprises bénéficiant de la commande publique suisse forment une galaxie. Littéralement. Fruit de l’enquête des journalistes du quotidien Le Matin et des talents de visualisation de l’agence Pegasus Data, cette superbe datavisualisation a été publiée dimanche 25 novembre dans les éditions francophone et germanophone du quotidien. Elle est, de plus, accompagnée sur Internet d’un très intéressant déroulé de la démarche ayant permis la réalisation de ce graph.

La cartographie intégrale des 1750 mandats délivrés par la confédération suisse pour des marchés publics. En bleu, les administrations, en grisé, les entreprises, et sur les lignes qui les relient, des points noirs, fonctionnaires en lien avec le privé ou inversement (cliquez pour la version haute définition).

À la source de ce schéma d’influences, les 1 745 mandats fédéraux attribuées à des entreprises par la confédération helvétique réunis sur la plate-forme Simap (qui ne contient malheureusement pas les nombreuses attributions “de gré à gré”) que les journalistes du Matin ont regroupé sur les années 2009 à 2012 afin d’en extraire une liste des cadres des entreprises visées et des responsables des administrations successives. À partir de là (aidé par les données du societe.com suisse, InfoCube.ch), les journalistes ont pu cartographier les liens unissant tel ou tel membre de l’administration, où, selon Le Matin, des conseillers fédéraux très pointus revendent régulièrement leur service une fois passés dans le privé via des boîtes de conseils créées à cet effet.

Injectés dans le logiciel opensource de cartographie Gephi, les données du registre des marchés publics raffinées révèlent les connexions croisées entre public et privé autour de contrats publics chiffrés en millions de francs suisses.

Injectées dans le logiciel de cartographie Gephi, les contacts se sont mués en arc et les masses de francs suisses des contrats publics en volume des bulles que formaient administrations et entreprises. Entre un commanditaire public et un délégataire se glisse parfois un point noir : il s’agit des personnes ayant eu un lien avec l’administration et l’entreprise, autrement dit, d’un copinage. Marius Redli (le point numéro 2 sur le schéma) a ainsi récupéré par le biais d’une entreprise de consulting montée de toute pièce 150 000 francs suisses (124 500 €) de contrat avec la base informatique de l’armée le lendemain de son départ en retraite de l’Office fédérale de l’informatique et des télécommunications. Un mandat bientôt doublé en montant, peut-être du fait du poste de colonel actif du même Redli au sein de l’administration militaire. Et il ne s’agit là que de contrats passés par des commandes publiques : l’Administration fédérale des contributions s’est ainsi vue décapitée suite à la découverte de 55 contrats passés de gré-à-gré dans le cadre de commandes en service informatique pour un total de 150 millions de francs suisses (124,5 millions d’euros).

Une règle existe pourtant depuis 2009 pour interdire contractuellement à un spécialiste de l’administration de se recaser dans une entreprise liée à son employeur public pendant deux ans. Mais, constatent nos confrères du Matin, elle n’a jamais été appliquée et épargne nombre des étoiles filantes de cette nébuleuse de copinage.

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Découvrez “Buy Beg or Steal” by Hillbilly Moon Explosion http://owni.fr/2011/04/11/decouvrez-buy-beg-or-steal-by-hillbilly-moon-explosion/ http://owni.fr/2011/04/11/decouvrez-buy-beg-or-steal-by-hillbilly-moon-explosion/#comments Mon, 11 Apr 2011 14:46:39 +0000 Owni Music http://owni.fr/?p=31513 Les Hillbilly Moon Explosion frappent par leur authenticité et une qualité artistique rare de nos jours. Un univers particulier, oldschool qui s’intègre pourtant parfaitement à la sphère actuelle. Un son rock aux sonorités punk que l’on pourrait pourtant écouter dans un jazz bar en compagnie d’un bon cocktail. La formation a vu le jour en Suisse mais ils tournent beaucoup et nous avons comme l’intuition que c’est là qu’on découvre la vraie valeur de ce groupe de passionnés amusants et amusés.

“En une poignée de mois, le combo helvète a cessé d’être underground. De tournée des Zénith en première partie adoubée par l’immense Jeff Beck, en écumage systématique des clubs hexagonaux, The Hillbilly Moon Explosion a séduit, convaincu, essaimé, tissé un maillage solide d’aficionados convaincu par leurs hits “Johnny Are You Gay“, Maniac Lover ou la version nerveuse du “Chick Habit” revisitant Gainsbourg. Trois mille albums écoulés, dans un univers totalement indépendant, ça vous donne une prestance, et le droit de revenir en deuxième semaine avec du ravitaillement.” (Jean Eric Perrein)

Pourriez-vous nous évoquer en quelques lignes vos parcours musicaux respectifs ? Comment Hillbilly Moon Explosion s’est formé ?

J’avais un groupe de Psychobilly mélangé qui s’appelait Hillbilly Headhunters. Emanuela avait un groupe où elle était compositrice et interprète qui s’appellait M. D. Moon. C’est aussi ce qui explique notre nom un peu bizzare. Le pari à très bien pris cependant, nous avons tout de suite eu de très bon retours de nos lives. J’ai monté Hillbilly Moon Explosion en 2000, Luke nous a rejoint en 2002, Ducan en 2005 et nous n’avons plus jamais regardé en arrière. Emanuela et Luke viennent du punk rock. Ducan lui, a joué du jazz, “prog” et du reggea. Et je plaisante même pas.

Vous refusez de représenter la Suisse à l’Eurovision « on ne mange pas de ce pain là !” ? Pourriez-vous nous préciser ce qui vous rebute

La réponse formulée par Emanuela était concise et sèche. Et nous ne pouvons pas la reproduire ici. Le reste du groupe y a réfléchi environ… trente secondes ! Je pense que l’idée, c’est dêtre capables ensuite de se regarder dans le miroir en ayant la conscience propre…

Il semble que vous soyez arrivés à un virage important de votre carrière, quels sont les éléments qui ont compté dans votre développement ?

- Nous avons un contrat de disque. On est tellement rétro qu’on a un contrat de “disque” !
- Nous avons sorti un très bel album, qui s’appelle Buy Beg or Steal. Si l’on s’en tient à ce qu’on lit sur internet, les gens ont l’air de beaucoup l’aimer.
- Nous sommes un groupe qui ne déçoit pas en live. En ces temps qui font la part belle aux artistes-people issus de télé crochets pré-fabriqués, les gens veulent de l’authentique. C’est nous. Rock AND roll.

Quel rôle tiens le live dans l’ensemble de votre oeuvre (artistiquement et business wise), est-ce juste un plus, votre première source de revenus, un moyen de vendre des albums ou est-ce l’inverse… ?

Tout ça à la fois. Une source de revenu. De la promo aussi. Mais clairement, c’est ce u’on fait de mieux. Il faut venir nous voir sur scène !
A chaque fois que je me retrouve sur scène à transpirer, démolir ma basse et hurler dans le micro, je me dis : “j’ai tellement de chance, je suis un véritable privilégié de pouvoir faire tout ça ! Qui plus est face à des gens qui ont payé pour me voir faire ça.” Je suis extrêmement reconnaissant.

D’après vous, la diffusion de vidéos de live sur le net, une fuite de revenus potentiels, la “désilitisation” du live ?

C’est juste un fait inévitable à l’ère des médias sociaux. Je suis soulagé de constater que mes performances sur ces vidéos sont aussi bonnes que dans mes souvenirs !

Quels sont vos coups de coeur musicaux du moment ? L’opération musicale la plus originale que vous ayez observée ?

Je ne peux parler qu’en mon nom et je dois dire que j’écoute très peu de musiques “actuelles”. Comme nous jouons beaucoup, je n’ai pas souvent l’occasion d’aller voir d’autres groupes. Ceci dit, j’ai adoré Demented Are Go Again.
L’opération la plus originale que j’ai pu observer c’est Sparky, un groupe qui chante en duo avec Emanuela sur “My Love For Evermore”.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Hillbilly Moon Explosion en tournée :

1 April Switzerland – Chateaux D’Oex / Party Time Festival
5 April France – Lyon / Transbordeur with Gaetan Roussel
6 April France – Paris / Zénith with Gaetan Roussel
15 April Switzerland – Wetzikon / Restaurant Kanter
22 April Belgium – Brussels / Madame Moustache & son Freak Show
23 April Netherlands – Terneuzen / Poggy en Bess
24 April Netherlands – Schijndel / Paaspop
14 May France – Rouen / Le 106 – Fast & Furious Festival
15 May France – Rouen / Le 106 – Fast & Furious Festival
18 May Switzerland – Lausanne / Le Bourg
20 May Switzerland – Fribourg / Le Nouveau Monde
26 May Switzerland – Lausanne / Festival Vivapoly/EPFL
27 May Switzerland – Bern / Musigbistrot
28 May Switzerland – Geneva / Palexpo (Custom Village @ Swiss Tuning Show)
17 June Switzerland – Sierre / Sismics Festival
24 June Netherlands – Den Haag / Supermarkt
25 June Netherlands – Nijmegen / Kids’n'Billies Festival
26 June France – Lille / Aéronef
9 July Switzerland – Wädenswil / Arx en Ciel Open Air
15 July France – Sélestat / Festival Lez’Arts Scéniques
22 July Germany – Neu Ulm / Big Rumble Weekender @ Club Mahatma
24 July Switzerland – Nyon / Paléo Festival

Retrouvez Hillbilly Moon Explosion sur : facebook; myspace

Crédits photo tous droits réservés : Youri Lenquette (photo), Pino Gomes (cover)

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Découvrez Invisible by Aloan http://owni.fr/2011/03/01/decouvrez-invisible-by-aloan/ http://owni.fr/2011/03/01/decouvrez-invisible-by-aloan/#comments Tue, 01 Mar 2011 12:10:59 +0000 Owni Music http://owni.fr/?p=30588 Aloan a longtemps été un collectif dont Alain Frey est le créateur. Un collectif de musiciens qui se plaît à inviter des chanteurs à poser leur voix sur leurs compositions. Aujourd’hui, c’est un groupe qui a adopté une chanteuse, Lyn M. Une voix soul investie d’une énergie pop, et un MC qui agit sous le pseudo de Granité, qui prête son flow grave et fluide pour compléter la formation electro/trip hop/soul/pop. Assez insaisissable donc.

La notoriété des Genevois est depuis longtemps confirmée chez nos voisins Suisses, Aloan promenant son univers délicieusement rétro et inspiré depuis le début des années 2000. Après deux disques (Palmyr en 2002, et We Play en 2005) Aloan se fait remarquer en 2007 avec Better In Springtime, à la teinte soul / trip-hop affirmée. Le dernier album, sorti en 2009, s’appelle Pretty Freaks et embrasse un virage pop que la voix sensuelle de Lyn rapproche toujours de ses racines soul.

La scène a déjà permis au groupe de s’exporter hors de son territoire natal, avec notamment des dates à Paris (Zénith, Palais des Sports) à Bruxelles (Forest National), aux Eurockéennes de Belfort ou encore au Printemps de Bourges. Aujourd’hui, le média internet constitue le relais le plus efficace du groupe, et leur permet de faire connaître leur musique loin de leur pays d’origine.

Cette semaine leur voyage les ramène à Paris, pour une escale chez OWNImusic, qui, espérons-le leur ouvrira d’autres horizons encore. C’est un plaisir de proposer Invisible, un morceau limpide et puissant à la fois, un véritable voyage dans le monde coloré d’Aloan qui devrait vous emporter sans mal.

Votre notoriété est certaine en Suisse. Quelles sont les difficultés que vous rencontrez pour percer en France?

Nous avons fait de belles dates en France depuis quelques années, Eurokéennes de Belfort,Printemps de Bourges, Zénith de Paris (première partie Joes Cocker), Tournée des Blue Man Group (première partie) etc… Nous avons fait des rencontres très sérieuses lors de ces concerts, nous avons été loin dans le processus, mais rien n’a finalement abouti. Nous arrivons malheureusement dans une période très sombre du business de la musique et les professionnels ne peuvent ou ne veulent plus prendre aucun risque.

Lyn, tu dis être contente que les artistes doivent faire beaucoup de scène au vu de la situation actuelle de l’industrie musicale. Est-ce que les revenus du live suffisent pour vous faire vivre?

Avec la Suisse uniquement, non. Le territoire est trop petit, et même si nous avons la chance d’avoir des cachets corrects, il est difficile de faire plus de 40 dates par an sur le territoire.

En général, que pensez-vous des changements qui s’opèrent dans l’industrie de la musique?

Il ne s’agit pas d’avoir un avis sur ces changements, c’est un fait, tout change et c’est peut-être bien.

Ce qui est dur c’est d’être tellement touché par quelque chose qui ne fait dans un sens pas partie de notre métier. Les musiciens continuent de composer, de jouer, la création ne s’arrête absolument pas et pourtant on essaie de nous faire croire que tout s’enraye et que nous sommes proches de la panne généralisée.

La question est: “comment vivre de la musique?” je pense qu’elle se pose depuis toujours. La vraie question serait plutôt: “comment a-t-on fait pour générer des millions avec la musique?”.

Dans tous les cas c’est une vraie révolution il faut que tout le monde s’adapte. Mais ce n’est pas évident de le faire tous au même moment ..

Entre le premier et le dernier album, le style a largement évolué. N’avez-vous pas peur de perdre votre public d’un album à l’autre?

Cela n’est pas une question de style. Nous évoluons, notre public évolue et je pense que nous sommes tous avides de nouveauté (je ne suis pas convaincue que les fans de Plamyr aimerait autant cet album si il sortait aujourd’hui…). Il ne s’agit pas de changer pour changer, mais de se transformer en fonction de ce qui se passe intérieurement et à l’extérieur.

La musique est une recherche et il faut parfois tout remettre en question. Mais si cela est fait avec intégrité et avec amour, elle se développe et emmène avec elle ceux qui la font et ceux qui l’écoute.

Par contre, la peur de faire de mauvaises chansons est omniprésente. C’est plutôt ce point là qui est le plus important. Faire et continuer à faire de bonnes chansons… la pression est immense et l’envie dévorante.

Quand avez-vous perçu les réseaux sociaux comme étant un outil indispensable à votre développement?

Cela fait pas mal de temps que nous avons constaté l’importance d’internet (nous utilisons énormément notre site). Concernant les réseaux sociaux, David est sans doute le plus au courant de nous et il nous a permis de ne pas être trop perdus dans cet univers. Par contre, si c’est un moyen extraordinaire de communication directe avec les gens, cela n’est pas non plus une priorité pour nous. Il est hors de question que nous passions tout notre temps à cliquer pour avoir un maximum de views au détriment du temps que nous passons à faire de la musique.

Par contre, il y a un côté assez extraordinaire dans le fait de pouvoir s’adresser à un groupe de personne et de les rallier autour d’un projet, d’un événement. Cela fait souffler un petit vent néo-révolutionnaire pas désagréable :-)

Quels sont vos projets pour la suite?

Cela devient une nécessité pour nous de sortir sur d’autres territoires. Nous avons pas mal travaillé sur l’Allemagne et sommes revenu récemment vers la France, nous espérons que cela nous emmènera sur la route…

Ecoutez Better In Springtime et Pretty Freaks sur Spotify !

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Retrouvez Aloan sur twitter, facebook, myspace

Crédits photos tous droits réservés : cover Paul Wal, live c.laffely, Amador Ortega

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Les suisses veulent éviter de répéter l’histoire de l’amiante avec les nanotechnologies http://owni.fr/2010/11/16/les-suisses-veulent-eviter-de-repeter-l%e2%80%99histoire-de-l%e2%80%99amiante-avec-les-nanotechnologies/ http://owni.fr/2010/11/16/les-suisses-veulent-eviter-de-repeter-l%e2%80%99histoire-de-l%e2%80%99amiante-avec-les-nanotechnologies/#comments Tue, 16 Nov 2010 19:27:34 +0000 Agnès Rousseaux (Bastamag) http://owni.fr/?p=33385 Titre original : Nanotechnologies : « Eviter que l’histoire de l’amiante ne se répète »

En France, plusieurs milliers de salariés, dans l’industrie ou la recherche, sont exposés aux nanoparticules. Sont-ils suffisamment protégés et informés ? La médecine du travail peut-elle dépister d’éventuelles pathologies pulmonaires ou cancers liés aux nanomatériaux ? Il faut se rendre en Suisse pour le savoir : la Suva, première caisse d’assurance pour les travailleurs suisses, a publié des recommandations sur la manipulation des nanoparticules. Entretien avec le docteur Marcel Jost, chef de la division Médecine du travail.

Plusieurs milliers de salariés français pourraient être directement concernés, en particulier dans la chimie, l’industrie automobile, la sidérurgie ou le ciment : « Selon l’état actuel des connaissances, on ne peut pas exclure que certains nanomatériaux présentent un risque pour la santé », prévient la médecine du travail en Suisse. Des spécialistes y étudient depuis cinq ans l’évolution des nanotechnologies et leurs possibles effets sur la santé des salariés qui les manipulent. Basta ! a interviewé en exclusivité les médecins du plus important organisme d’assurance-accidents obligatoire du pays : la Suva assure près de 110.000 entreprises, soit 2 millions d’actifs en Suisse. Cette entreprise indépendante assume entre autres les tâches de médecine du travail, de prévention et de médecine des assurances. Son conseil d’administration est composé de représentants des employeurs et des salariés, ainsi que du gouvernement helvétique.

C’est le docteur Marcel Jost, Médecin-chef de la division Médecine du travail de la Suva, qui a répondu à l’interview de Basta!, avec le concours du Dr Claudia Pletscher, cheffe du secteur Prévention en médecine du travail, et du Dr Marc Truffer, directeur de la division Sécurité au travail pour la Suisse romande.

Basta ! : Depuis combien de temps la médecine du travail suisse s’intéresse-t-elle aux nanotechnologies et quels sont les risques potentiels ?

Dr Marcel Jost : Les nanoparticules et les particules ultrafines sont absorbées avant tout par les voies respiratoires. Elles peuvent être à l’origine de réactions inflammatoires. Les nanotubes de carbone ont une structure similaire à celle des poussières fibreuses telles que l’amiante. Plusieurs études expérimentales conduites chez l’animal ont été publiées : elles montrent que ces nanotubes de carbone ont un effet cancérigène, pour autant que la géométrie et la taille de leurs fibres leur permettent de pénétrer dans les poumons et que ces fibres soient biopersistantes. Depuis 5 ans, la division médecine du travail de la Suva suit étroitement l’évolution des nanotechnologies et la littérature dans ce domaine. Dans les pays environnants, les responsables de la médecine du travail suivent également de près cette évolution.

Une entreprise qui utilise des nanoparticules est-elle obligée de le déclarer ? Peut-on savoir combien de salariés sont concernés par cette exposition ?

Il n’y a pas d’obligation pour les entreprises de déclarer l’utilisation de nanoparticules, en Suisse. Afin de déterminer le nombre de travailleurs susceptibles d’être exposés aux nanoparticules, la Suva a cofinancé une étude scientifique de l’Institut universitaire romand de Santé au Travail (IST). C’est une première mondiale. Ce nano-inventaire se fonde sur une enquête représentative réalisée auprès d’un échantillon de 1626 entreprises . Les résultats montrent qu’en Suisse, 1.300 travailleurs réalisent des opérations mettant en œuvre des nanoparticules . Cela concerne 600 entreprises (soit environ 0,6%) du secteur industriel.

Dans quels secteurs les nanotechnologies sont-elles présentes ?

La plupart de ces entreprises se trouvent dans l’industrie chimique, mais aussi dans les secteurs du commerce en général, de l’électrotechnique, des équipementiers de l’industrie automobile, du traitement de surfaces ou du traitement de pierres, céramique et verre. Les volumes travaillés de nanoparticules sont généralement faibles. En Suisse, il n’y a que peu d’entreprises qui utilisent les nanoparticules en grande quantité, à l’échelle de la tonne.

Quels sont aujourd’hui les principaux procédés de production de nanoparticules, et comment les travailleurs peuvent-ils être exposés à ces nanoparticules ?

Les nanoparticules sont généralement produites par des processus de combustion puis de condensation de matière. Sous forme de poudre, ces particules sont utilisées depuis des années comme additif dans des formulations et pour des revêtements de surface. Les situations dangereuses se rencontrent majoritairement lors de la manipulation de ces poudres. Il s’agit principalement de l’exposition des voies respiratoires à des nanoparticules dispersées dans l’air ambiant autour du poste de travail.

Comment mesure-t-on la présence de nanoparticules ? Peut-on évaluer l’exposition des travailleurs aux nanoparticules et avoir une vision fiable des risques encourus ?

Des appareils de mesures complexes sont nécessaires pour évaluer le niveau d’exposition des travailleurs et contrôler l’efficacité des mesures de protection. Les appareils utilisés jusqu’ici – type « Scanning Mobility Particle Sizer » (SMPS) – étaient volumineux, énergivores et peu conviviaux pour une utilisation mobile aux postes de travail. Un nouvel appareil de mesure a été mis au point avec l’aide de la Suva . Il peut être transporté dans un sac à dos et permet de fournir, pour la première fois, des valeurs d’exposition individuelle à chaque poste de travail. Sa fiabilité est largement suffisante pour évaluer les risques d’exposition pour le travailleur, qui varient parfois d’un facteur 1000 entre deux postes de travail.

Établir des valeurs limites d’exposition pour les nanoparticules synthétiques est difficile. Il existe de très nombreux types de nanoparticules présentant des toxicités diverses et encore peu connues. L’effet des nanoparticules peut varier considérablement, en fonction de leurs tailles en plus de leurs propriétés physico-chimiques. Les études réalisées à ce jour ne permettent pas de définir de relations dose-effet claires pour les nanoparticules. L’objectif de la Suva est de publier des chiffres de référence pour certaines nanoparticules en 2011. Aucune valeur limite n’a encore été publiée à l’échelle internationale .

Quelles sont les mesures de protection existantes pour les travailleurs ?

Sur le plan de la protection des travailleurs, notre nano-inventaire montre que les entreprises ont tendance à se concentrer sur les équipements de protection individuelle des travailleurs. L’expérience montre que des mesures techniques, telles que le confinement et l’aspiration à la source, permettent d’obtenir une protection plus efficace et durable. Notre objectif est donc de « mettre des masques aux machines » et non aux travailleurs ! En 2006, la Suva était l’un des premiers assureurs contre les accidents et maladies professionnels en Europe à publier des recommandations concrètes sur l’exposition aux nanoparticules aux postes de travail. Aujourd’hui, l’Institution italienne pour l’assurance contre les accidents du travail (INAIL) a repris les différents documents de notre site internet.

Les lacunes d’information sur les produits utilisés constituent un autre problème. Certaines entreprises utilisent des nanoparticules sans même en avoir conscience. Même si la situation est plutôt rare, il faudrait légiférer sur ce sujet. Un « devoir de déclaration » est évoqué dans le plan d’action national développé par la Confédération suisse. Une déclaration du producteur est déjà possible sur la fiche de données de sécurité du produit.

Comment s’opère le suivi sanitaire des travailleurs exposés aux nanotechnologies dans le cadre de leur travail ? Ces salariés bénéficient-ils d’un suivi spécifique par les médecins du travail ?

Les médecins du travail de la Suva s’emploient à contrôler les entreprises pour déterminer s’il existe une exposition aux nanoparticules. La Suva a développé en 2009 un programme pour les travailleurs exposés, qui comprend une anamnèse ciblée, un examen clinique, des analyses biologiques, un contrôle de la fonction pulmonaire, un électrocardiogramme ainsi qu’une radiographie cardio-thoracique en alternance. Ces examens s’adressent aux travailleurs exposés aux nanoparticules et aux nanotubes dans le cadre de la recherche, des laboratoires, d’études pilotes et de la production. Mais il n’existe pas à ce jour de test de dépistage spécifique des maladies qui seraient provoquées par des nanoparticules.

Selon votre organisme, « aucune étude pratiquée sur des travailleurs exposés aux nanoparticules et atteints de maladies professionnelles spécifiques n’a encore été publiée à ce jour dans les pays occidentaux ». Pensez-vous que les entreprises et les pouvoirs publics consacrent suffisamment de moyens aux études toxicologiques nécessaires pour améliorer la protection des travailleurs ?

De très nombreux projets de recherche sur les risques des nanoparticules et des nanotubes de carbone sont réalisés et soutenus, tant au niveau national qu’international. La Suva subventionne de tels projets. Elle apporte en outre son soutien au développement de nouveaux instruments de mesure. Ceci étant dit, il faut rappeler que c’est la pratique régulière d‘examens de prévention en médecine du travail et leur exploitation qui représente un instrument essentiel pour la détection précoce des éventuels effets délétères des nanoparticules chez les travailleurs exposés.

Vous évoquez la possibilité de « lésions tardives dues à une exposition aux nanoparticules en l’absence de mesures de protection appropriées ». Risquons-nous un nouveau scandale sanitaire comme celui de l’amiante ?

Compte tenu de la géométrie de leurs fibres et de leur biopersistance, il est possible que les nanotubes de carbone aient des effets similaires à ceux des fibres d’amiante. Mais les enseignements tirés de l‘expérience avec l’amiante ont conduit la Suva à suivre précocement les développements dans le domaine des nanotechnologies. Nous avons défini des mesures de protection pour faire en sorte que l‘exposition aux nanoparticules et aux nanotubes de carbone demeure aussi faible que possible. Les principes ALARA (as low as reasonnably achievable, aussi faible que cela est raisonnablement faisable), bien connus en matière de prévention, de même que la prudence en matière de manipulation des nanoparticules, ont ainsi fait la preuve de leur efficacité. Grâce à cette approche et moyennant une information transparente sur les risques et les mesures de protection à prendre, nous voulons éviter que l’histoire ne se répète.

Les instituts technologiques suisses sont très actifs sur le plan international et mènent de nombreux projets dans les nanotechnologies. Les organismes internationaux donnent également lieu à des échanges concernant la protection des travailleurs. On peut citer les programmes et réseaux internationaux NanoSafe et NanoImpactNet qui se préoccupent activement des aspects de sécurité et de santé. L’ensemble de la communauté internationale a pris conscience de la nécessité d’éviter un effet de non-acceptation dû à des lacunes de communication et d’évaluation des risques, similaire à celui observé avec les OGM.

N’y a-t-il pas un paradoxe entre les mesures de protection préconisées pour les salariés exposés, et l’absence de protection des consommateurs, qui se retrouvent en contact avec les nanoparticules, voire même en ingèrent dans leur alimentation ?

En matière de protection des salariés, on s’intéresse surtout à l’inhalation des nanoparticules et à leur possible effet délétère sur les voies respiratoires et les poumons. Des effets toxiques systémiques sont aussi possibles après l‘absorption de nanoparticules au niveau des alvéoles et leur passage dans les vaisseaux pulmonaires. Les nanoparticules qui atteignent la peau, via des cosmétiques par exemple, n’agissent pas sur les voies respiratoires. Mais on ignore encore si de telles nanoparticules peuvent être absorbées par une peau intacte en quantités significatives. La réglementation des nanoparticules dans les articles de consommation courante en Suisse ne relève pas de la compétence de la Suva.

>> Article initialement publié sur Basta!

Propos recueillis par Agnès Rousseaux

>> Illustration FlickR CC : ?

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De la presse politique à la presse d’information (et retour ?) http://owni.fr/2010/11/09/de-la-presse-politique-a-la-presse-d%e2%80%99information-et-retour/ http://owni.fr/2010/11/09/de-la-presse-politique-a-la-presse-d%e2%80%99information-et-retour/#comments Tue, 09 Nov 2010 07:30:01 +0000 Guillaume Henchoz http://owni.fr/?p=34836 Ce troisième volet de la série s’intéresse à l’évolution de la presse politique et de la presse d’information en prenant en exemple deux quotidiens helvétiques, la Gazette de Lausanne et le Journal de Genève. Dans un ouvrage parut récemment, l’historien Alain Clavien se fait l’observateur de la disparition progressive d’une presse politique au détriment de la presse d’information.  Mais de nos jours c’est cette dernière qui connaît une remise en cause importante. Son cadre éthique, élaboré autour de notions telles que la neutralité et l’objectivité, semble dépassé. Et si la presse d’opinion faisait son grand retour  ?

L’étude des médias en Suisse romande passe plutôt par l’analyse des discours. Les recherches effectuées depuis la linguistique et la sociologie posent régulièrement un regard critique sur le discours médiatique et s’efforcent d’en décrire les mécanismes. Mais force est de constater qu’il existe peu de travaux fouillés, à caractère monographique, s’intéressant aux institutions de la presse romande depuis les sciences humaines et sociales. La prise de conscience de cet état de fait est en train de déboucher sur la création de deux chantiers différents. Du côté de l’Université de Lausanne, on s’intéresse de près à l’histoire de la Radio suisse romande (RSR), développant du même coup  une réflexion épistémologique fort intéressante concernant le statut et l’usage des archives sonores. A Fribourg, Alain Clavien, historien, vient de faire paraître une importante recherche concernant deux quotidiens romands aujourd’hui disparus : La Gazette de Lausanne et le Journal de Genève.

Sa recherche, érudite et complète, quoique principalement axée sur les deux titres, permet de saisir un large pan du panorama historique de la presse en Suisse romande. Alain Clavien s’efforce en effet de décrire les champs culturel, politique, économique dans lesquels évoluent la Gazette de Lausanne et le Journal de Genève. En déroulant le fil de ces deux publications, le chercheur parvient à éclairer quelques moments cruciaux de la fabrique de l’information en terre romande, comme il l’explique dans la partie introductive et méthodologique de sa recherche :

Saisir les fils de ces trois niveaux, idéologique, économique, et sociologique, les tresser dans le contexte plus général de l’évolution du champ médiatique suisse: c’est à partir de cet écheveau que ce livre propose une histoire de la presse politique de ses débuts triomphants à sa marginalisation relative dans un monde médiatique qui fait de l’information sa religion et où la télévision est devenue l’instrument privilégié des politiciens.

Grandeurs et misères de la presse politique , p. 14

Presse d’opinion et journaux politiques

Ces deux journaux apparaissent au début du 19e siècle. Tous deux sont d’obédience libérale-conservatrice. Ils vont cependant réussir à coexister plus d’un siècle en se faisant souvent concurrence, avant de fusionner. Rétrospectivement, on se demande comment des journaux véhiculant les mêmes idées ont pu coexister si longtemps sur un marché assez limité. Alain Clavien explique leur longévité par le fait qu’ils ont opté assez rapidement pour des stratégies  différentes. Si la Gazette est un journal d’abord vaudois qui tend à déborder un peu du Canton, Le Journal de Genève porte un accent plus international, particulièrement après l’installation de la Société des Nations au bout du Lac.
Au fil des années cependant, les deux journaux ne manquent pas de se copier, et de débaucher les employés de leur concurrent, mais également de se démarquer par des approches de l’actualité et par la recherche de tons différenciés. D’abord profondément liés aux partis libéraux vaudois et genevois, les deux titres vont progressivement marquer leur autonomie par rapport aux organisations politiques tout en restant profondément ancrés dans le terreau idéologique de la droite libérale. De fait les principaux rédacteurs ne sont pas forcément des journalistes au sens moderne où nous l’entendons, mais des hommes politiques qui portent la plume. La plupart exercent même des charges législatives ou exécutives à différents niveaux. Les deux journaux vont connaître leurs heures de gloire à travers un rayonnement qui dépasse les frontières de la Suisse, notamment lors des guerres mondiales où la presse de la Suisse neutre est particulièrement prisée de l’autre côté de la frontière.

Si la première partie du 20e siècle donne l’impression d’une grande continuité, des premiers éléments de rupture commencent à se faire sentir dès la fin des années 1950. De nouveaux journaux sont apparus qui s’adressent à des segments particuliers de la population. On assiste à l’essor de la presse féminine et sportive, par exemple. Mais c’est également à ce moment que la presse d’information, plus “neutre”, commence à prendre le pas sur la presse politique. Différents phénomènes permettent d’éclairer ce déclin. Alain Clavien mentionne notamment la modification des pratiques publicitaires qui ne profitent ni à la Gazette de Lausanne, ni au Journal de Genève. Plus encore, une série de mutations opérées dans le champ médiatique marginalise fortement ce type de presse :

Les habitudes de lecture sont en train de changer, notamment à cause de la radio et de la télévision qui accordent de plus en plus d’importance à l’information. La presse écrite n’est plus la seule source d’information, elle est en train de perdre son statut de vecteur privilégié du discours politique et de forum indispensable à la vie civique. (…). D’abord réticents, les hommes politiques découvrent rapidement l’intérêt et la puissance des médias audiovisuels. Les Journalistes font de même.

Grandeurs et misères de la presse politique, p. 259-260

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Les éléments de rupture

Encore jusqu’aux années 1960, rappelle Alain Clavien, il est tout à fait normal qu’un journaliste assume une opinion. La presse de qualité s’adressant à l’élite économique et intellectuelle est une presse d’opinion politique, “seule manière d’avoir une ouverture sur le monde”, note encore l’historien. Les journaux d’information sont considérés comme “populaires” et peu sérieux. Toutefois, dès la fin de cette décennie, la tendance s’inverse. La presse régionale, plus versée dans l’information, prend le pas sur les deux mastodontes romands. On trouve la rupture qui s’opère au niveau du traitement de l’information dans le nom de certains de ces titres. Le Nouvelliste et plus encore l’Impartial marquent la différence en affichant leur volonté de présenter une information plus neutre à travers un nom qui reflète leur marque de fabrique.

Un dernier mouvement de bascule important repéré par l’historien est marqué la parution d’un ouvrage de Jean Dumur, Salut Journaliste! :

Pour ce journaliste alors très connu (…), l’information libre, complète et indépendante est le devoir et l’honneur de la presse. La circulation de l’information est la seule façon de contrôler la démocratie. (…). Dumur, qui connaît bien les Etats-Unis, donne évidemment comme exemple l’enquête obstinée de deux journalistes du Washington Post qui conduisent au Watergate et à la chute de Nixon (…). Aux yeux de Dumur, l’idéal est clair: la presse doit être le quatrième pouvoir, contre-pouvoir qui cherche à “faire reculer les zones d’ombre que tend à projeter, pour se dérober à l’examen critique, toute activité humaine”.

Grandeurs et misères de la presse politique, p. 267

Dans cette perspective, le journaliste n’est plus un acteur politique au sens plein mais sa position d’observateur critique lui confère le rôle de garant du système démocratique. Un retournement complet par rapport à la pratique du journalisme telle quelle se concevait encore 70 ans plus tôt, note Alain Clavien :

En trois quart de siècle, le point de vue dominant interne à la profession s’est complètement retourné. Alors que vers 1900, le journal politique, relais des partis et partenaire actif du jeu politique démocratique concentrait sur lui la légitimité et dénigrait sans ménagement son concurrent “neutre”, les années 1960 et suivantes voient le triomphe de l’idéal d’une presse d’information “indépendante”, tandis que la presse d’opinion est marginalisée.

Grandeurs et misères de la presse politique, p. 268

Déclin et chute

Face à ces changements, les deux titres finissent immanquablement pas fusionner. Dans les faits, on constate surtout que c’est le Journal de Genève qui prend le contrôle de la Gazette de Lausanne. Le logo et le titre de la publication qui les réunit le confirment :

Journal de Genève du 10 avril 1997. La mention "Gazette de Lausanne" apparaît en-dessous dans un lettrage plus discret et léger.

Mais la réunion des deux titres ne va lui offrir qu’un bref répit puisque le Journal de Genève se retrouve en concurrence avec un nouvel élément perturbateur: le Nouveau Quotidien. Les deux journaux pourtant très différents se battent pour capter la même part du marché. Si le Journal de Genève a derrière lui une longue histoire et une réputation de média effectuant un travail sérieux et ordonné organisé dans des pages volontairement austères, Le Nouveau Quotidien se considère comme un journal apolitique, neutre, jeune culturel et impertinent, en phase avec son temps. Au final, personne ne va remporter la lutte. Les deux titres fusionneront également pour former le quotidien suisse Le Temps, (celui-là même qui s’est autoproclamé “média suisse de référence”). Si le Journal de Genève semble un peu déconsidéré par la nouvelle rédaction qui se met en place, il ne va pas tarder à être réutilisé dans la construction de la mythologie du Temps. Lorsqu’on n’a pas de passé, “le plus simple n’est-il pas de s’en approprier un autre ?”, s’interroge Alain Clavien en guise de conclusion.

Le retour de la presse d’opinion ?

Non content d’offrir une assise historique à un journal qui ne remonte pas de l’époque héroïque, il me semble que le fait de rattacher le Journal de Genève au Temps pourrait permettre à ce dernier de s’émanciper progressivement de sont statut de journal d’information neutre et objectif, et de renouer avec une autre pratique journalistique  relevant plus de la presse d’opinion. Difficile de dire si on va vraiment dans ce sens. Certains observateurs voient dans le retour d’une presse d’opinion une planche de salut pour des médias en voie de disparition. Ainsi le sociologue Ueli Windisch se désespère du manque de presse politique affirmant des positions tranchées, seule manière selon lui de réinstaurer le débat au coeur de de notre société démocratique. Le développement de titres de presse ancrés de manière assumée à gauche ou à droite permettrait de passer par dessus la tentation de l’objectivation des faits de ne pas se prendre le chou sur l’impossibilité de l’existence d’une presse totalement neutre. Soit.
Le problème ne réside pas là à mon sens. La presse d’opinion existe toujours,mais elle se situe dans les marges. Plus active à gauche qu’à droite, elle réunit de nombreux titres en Suisse romande comme Gauchehebdo, Domaine Public, Le Courrier ou la Nation (Je vous laisse deviner lequel n’est pas à gauche…). Ces publications bénéficient d’un lectorat certes faible mais stable. Certains ont même décidé de se passer du papier, à l’instar de Domaine Public. Est-ce vraiment dans ce type de publications qu’il faut voir émerger le renouveau du journalisme ? Pas si sûr. Ce type de média s’adresse à la troupe des convaincus. Peu de personnes lisent la Nation sans pour autant adhérer aux idées de la Ligue vaudoise. De même, les conservateurs ne consultent pas régulièrement GaucheHebdo pour se convaincre du bien fondé d’un service public fort. A part quelques animaux politiques étudiant de près les arguments de la partie adverse, ces publications prêchent des convaincus. Elles ne contribuent pas directement à alimenter le débat sur la place publique mais servent de lucarnes et de références à leurs adhérents. Ce n’est pas un retour aux temps héroïques qui nous sortira de la panade.

A lire : Alain Clavien, Grandeurs et misères de la presse politique, Lausanne : Antipodes, 2010, 321 p.

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Article initialement publié sur Chacaille

>>premier volet de la série “Les nouveaux nouveaux chiens de garde”

>>deuxième volet : Honnêtement l’objectivité n’existe pas, que faire ?

A suivre…

Crédits photo Flickr the Commons : Nationaal Archief, George Eastman House

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Les futurs du livre http://owni.fr/2010/09/17/les-futures-du-livre/ http://owni.fr/2010/09/17/les-futures-du-livre/#comments Fri, 17 Sep 2010 09:25:20 +0000 Esperluette (Café du Web) http://owni.fr/?p=28414 En dépit d’une moisson encore plus fructueuse qu’en 2009 (si on exclut les surplus qui iront au pilon), cette rentrée littéraire sera marquée par la mort annoncée du livre imprimé. On en parle depuis une bonne décennie mais les événements récents indiquent que la révolution est bien en marche. L’arrivée de nouveaux appareils contribue à démocratiser l’ebook et de nouvelles plateformes de téléchargement sont créées presque chaque jour. Les polémiques opposant les défenseurs de l’imprimerie aux aficionados du numérique s’essoufflent, tandis que se multiplient les débats sur l’ avenir des librairies traditionnelles et des bibliothèques, l’instauration d’un prix unique du livre ou d’un taux de TVA réduit, l’intégration de publicités dans les textes, la censure, le piratage, les droits d’auteurs, l’écologie électronique, etc.
Lors d’une conférence à Lake Tahoe (Californie) en août dernier, l’informaticien Nicholas Negroponte, professeur au MIT de Boston, a prédit la mort du livre papier pour 2015. Le professeur Peter Cochrane, un autre futurologue américain, prétend quant à lui que d’ici 20 à 30 ans, les ouvrages imprimés seront devenus de couteux objets de collection, que l’on exposera dans les musées, à l’instar des antiques machines à écrire mécaniques. Les chiffres qui paraissent régulièrement dans la presse semblent leur donner raison.

Néanmoins, une étude publiée sur le site du Sénat français envisage deux scénarios différents. En France 15% des lecteurs achètent 50% des livres. Dans l’hypothèse où ceux qui lisent le plus « basculeraient » et s’équiperaient progressivement (d’ici 2050) de tablettes de lecture numériques ou de smartphones, ce sont donc la moitié des livres papier publiés annuellement qui pourraient disparaître (scénario 2). Cependant, lors d’une conférence de presse en mai 2009, Jeff Bezos, le PDG d’Amazon, a déclaré que jusqu’à présent le Kindle n’avait pas suscité de diminution des ventes de livres papier. Les acheteurs de livres numériques continuent d’acheter des livres papier, auxquels viennent s’ajouter l’acquisition de 1,6 à 1,7 livres numériques par livre papier vendu (scénario 1).

Scénario 2 : cannibalisation du livre papier par le livre numérique


Le mois dernier, le Wall Street Journal a publié les résultats d’une étude sur les pratiques des lecteurs sur tablettes (Kindle, Sony Reader et autres iPad). On apprenait ainsi que 40% des utilisateurs lisent plus depuis qu’ils sont équipés d’un lecteur ebook, soit en moyenne 2,6 livres par mois contre 1,9 pour les fidèles des livres imprimés. Il faut noter qu’ils téléchargent 52% d’ouvrages libres de droits. Aux États-Unis, les ventes d’ebooks ont augmenté de 176% en 2009 tandis que les livres papiers diminuaient de 1.8%.

Dans un autre article, le Wall Street Journal révèle que le dernier polar de la romancière Laura Lippman, paru le 17 août, s’est vendu à 4.739 exemplaires en version numérique contre 4.000 en papier en cinq jours. Son éditeur, HarperCollins réalise actuellement 8% de son chiffre d’affaires sur les ebooks, avec une perspective à 20- 25% d’ici la fin 2012.

Le PC reste le support le plus utilisé par les Américains (44% des usagers en janvier 2010) mais il décline au profit des e-readers (36%). L’iPad, développé par Apple, propose le catalogue le plus vaste de téléchargement et domine actuellement le marché. Ces concurrents (Amazon, Barnes & Noble et Borders) se sont lancés dans une impitoyable guerre des prix. Le Kindle est passé de 259 $ à 189 $ et le Nook de 259 $ à 199 $. Les magasins Borders de leur coté soldent le Kobo à 100 € et lancent le modèle Aluratek à 99 $. En juillet, Amazon a annoncé que ses ventes avaient triplé depuis la baisse des prix. En trois mois, le géant américain aurait vendu 143 livres Kindle pour 100 Hardcovers (livres reliés en grand format). Ces chiffres ne tiennent donc pas compte des paperbacks (les livres à couvertures souples et les collections de poche). Sony réplique avec le lancement de deux nouvelles gammes d’appareils: le Reader Touch Edition et le Reader Pocket Edition.


Tous ces indicateurs sont impressionnants mais il faut les replacer dans leur cadre. Au Japon, le pays le plus avancé dans la transition vers le livre numérique, la part de l’ebook ne représentait pas plus de 3% à 6 % (selon les sources) du marché du livre en 2009. Les e-readers japonais utilisent encore essentiellement leurs téléphones portables et, en dépit d’une hausse de près de 24% en un an, le marché présente des symptômes d’essoufflement. Les ouvrages téléchargés ont généré 57,4 milliards de yens (522 millions d’euros) entre avril 2009 et mars 2010. Ce marché est largement dominé par les contenus pour adultes et les mangas (89 % des ouvrages numérisés). Les codes des livres graphiques diffèrent beaucoup de ceux de l’édition traditionnelle. Les keitai shousetsu (romans pour mobiles), qui connaissent un succès phénoménal (jusqu’à 10 millions de téléchargements), sont généralement écrits sur et pour des smarphones (Nokia, Blackberry, Apple…). Ils utilisent les abréviations, le style de l’écriture SMS et sont publiés sous forme de feuilletons. Des mangas sur mobiles ont été lancé en Grande-Bretagne et en France, à l’occasion du Japan Expo.
NTT Docomo, numéro 1 de la téléphonie mobile au Japon, a annoncé la mise en place d’un partenariat avec Dai Nippon Printing, le géant de l’édition, en vue de concevoir son propre lecteur numérique. À cela s’ajoute la création d’une librairie numérique proposant quelques 100 000 titres (mangas et romans) dès le mois octobre prochain. L’entreprise japonaise ambitionne de porter son catalogue à 300 000 titres, d’ici à la fin de l’année 2011, qui seront disponibles sur tous les supports existants.
Une autre étude a été réalisée en Chine, à l’occasion du salon du livre à Pékin (du 30 août au 3 septembre dernier). Sur les 150 milliards de dollars que représentent l’édition, près de 12 milliards sont générés par la vente de livres numériques.

Embryonnaire en France

En Belgique, en Grande-Bretagne, en France et en Allemagne, le marché du livre numérique est encore embryonnaire et ne représente guère plus de 1% du chiffre d’affaires des éditeurs. Selon Arnaud Nourry, le P-DG d’Hachette Livre, le marché ne décollera pas avant 2012-2013 en France et en Grande Bretagne.
En mars dernier, le Figaro littéraire a publié les résultats d’une étude de l’institut OpinionWay sur les pratiques de lecture des Français. Une personne sur cinq pense passer au numérique dans un avenir proche, via un écran d’ordinateur (11%), un e-book (7%), un téléphone mobile (2%) ou l’écoute d’un CD lu par un comédien (2%). Une autre étude, menée par l’Observatoire de la BD numérique, en février et mars 2010, vient confirmer ces résultats puisque 70% des internautes favorisent le papier. Néanmoins, 45 % d’entre eux considèrent le smartphone comme un outil complémentaire pour la lecture de BD.


Au premier semestre 2009, le nombre de livres téléchargés était évalué à 65 000 volumes de l’autre coté du Rhin contre 25 000 livres numérisés hors domaine public en France. Ils ont rapporté 30 à 40 millions d’euros aux éditeurs de l’Hexagone, l’essentiel des supports physiques étant les CD et DVD. Pour cette rentrée littéraire 2010, les lecteurs se verront néanmoins proposer 80 nouveautés numériques contre 700 papiers. À l’heure actuelle trois plateformes de téléchargement couvrent 80% de l’offre numérique : Numilog, la filiale d’Hachette, e-Plateforme pour Editis et Média Participations, ainsi qu’Eden Livres pour Flammarion, Gallimard et La Martinière. Numilog a récemment conclu des partenariats avec Carrefour et Darty, qui ont désormais leur fast-food culturel. Média Participations, qui regroupe Dargaud, Lombard, Dupuis, Casterman, Fluide Glacial et Bamboo a ouvert son portail Iznéo, à l’occasion du Salon du livre, le 26 mars dernier. Il s’agit d’une plateforme entièrement dédié à la bande dessinée numérique. Les éditions Glénat, de leur coté, se sont associées à Ave!Comics Production pour propulser un catalogue numérique dont les titres sont également disponibles sur les boutiques en ligne Appstore, Relay et BDgest.

Les éditeurs de science-fiction ont à leur tour pris quelques initiatives, à l’occasion de cette rentrée littéraire 2010. On peut mentionner l’ouverture de la plateforme e-Bélial en août, la numérisation des Enfants de Hurin de Tolkien (aux éditions Bourgeois) ou d’épisode des Derniers hommes de Pierre Bordage (aux éditions au Diable Vauvert). Par ailleurs, quelques librairies indépendantes, telle Gibert Jeune à Paris, se sont d’ores et déjà préparées à négocier le tournant de la révolution numérique. Elles peuvent, par exemple, passer par des revendeurs spécialisés comme les librairies e-pagine ou Immatériel.fr.

En Suisse romande, l’OLF (l’Office du livre) s’est déjà donné les moyens de défendre les librairies indépendantes, grâce à la création du site e-readers.ch. Par l’intermédiaire de cette plateforme de téléchargement, les internautes peuvent sélectionner la librairie de leur choix qui perçoit environ 25% de commission sur la vente des livres numériques. Parmi elles, il y a également de grosses librairies comme Payot et la Fnac. Par ailleurs, deux maisons d’éditions françaises, Gallimard et de Seuil, participent à cette initiative. Actuellement, 30 000 livres à télécharger sont disponibles sur la plateforme e-readers.ch, dont 5000 ouvrages en français, 5000 en allemand et 20000 en anglais.
Au Québec, enfin, où le numérique représente environ 1% du chiffre d’affaire de l’édition, l’entrepôt numérique De Marque héberge les versions numériques de près de cinquante maisons d’édition. De Marque estime pouvoir rallier 85 % des éditeurs québécois à sa plateforme de distribution dans un avenir proche. Trois maisons dominent actuellement le secteur du livre numérique au Québec, avec plus de 1000 ventes chacune. Il s’agit des éditions Alire, des éditions Alto et des Guides de voyage Ulysse. Deux librairies en ligne, jelis.ca et livresquebecois.com, permettent également de se procurer des ouvrages téléchargeables.

Billet initialement publié sur le Café du Web

Images CC Flickr goXunuReviews

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Léa, passion politique http://owni.fr/2010/03/22/lea-passion-politique/ http://owni.fr/2010/03/22/lea-passion-politique/#comments Mon, 22 Mar 2010 11:17:38 +0000 Raphaël Chabloz http://owni.fr/?p=10618 Les députés helvètes souhaitent interdire les jeux vidéos violents. Raphaël Chabloz réside en Suisse où il tient (depuis un moment) le blog “Bon pour ton poil”. Il réagit à cette annonce avec humour. Et il en faut.

Autrefois, les hommes s’aimaient les uns les autres. La violence a été inventée en 1979, quelques mois après le lancement du premier jeu vidéo violent, Asteroids.

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Ce panneau de contrôle a fait plusieurs victimes, tous députés suisses, tués par le ridicule de leur proposition.

Forts de ce constat, les parlementaires suisses ont décidé de réagir en demandant l’interdiction des jeux vidéos violents.

Contrairement aux élus qui ont soigneusement préparé leur dossier, quand on voit un jeune passer huit heures par jour enfermé dans sa chambre, sans jamais voir personne, à jour à GTA ou Manhunt, on se dit, naïvement, que c’est peut-être un symptôme et pas une cause. N’importe quoi. Quand enfin ces horribles divertissements qui mettent notre société en péril disparaîtront, ces gens auront enfin des amis, avec qui ils iront se divertir sainement. Enfin, quand on aura interdit ces jeux vidéos, ainsi que Cluedo, Risk, les échecs et, surtout, le pendu.

Car, contrairement aux fans de films de guerre, aux amateurs de boxe, aux férus de corrida et aux militants de l’UDC, les gamers ne savent pas faire la différence entre le virtuel et la réalité. Quand ils ont passé des heures à dézinguer sur leur ordinateur, ils sortent aussitôt faire la même chose dans la rue. Tu te demandes sans doute pourquoi les jeux vidéos sont plus dangereux que les films ou que les livres violents ? Eh bien, essentiellement parce que c’est comme ça et pas autrement, et qu’une étude australienne le prouve.

La violence de certains "gamers" fait parfois peur à voir

Et si on allait fusiller des gens dans la rue ?

Mais il ne faut pas se limiter aux jeux violents. Les jeux de courses de voitures sont la cause de 97% des accidents, selon une étude kazakhe. Les autres sont provoqués par des fans de Tetris.

De même, la crise est, une étude norvégienne le souligne, le fait des amateurs de jeux de gestion. Forcément, quand tu as passé ton adolescence à vendre et racheter des footballeurs, des bateaux, des trains, des fêtes foraines et des bébés animaux, tu ne recules plus devant rien.

Les férus de jeux de hockey sur glace vivent souvent de cruelles désillusions : après avoir fait gagner, manette en main, plusieurs matches de suite au HC Bienne, ils peinent à différencier le jeu de la réalité et quand ils se rendent compte que les vrais joueurs ne rééditeront pas cet exploit, ils en éprouvent de la rancoeur, et il ne faut pas chercher plus loin les causes des débordements à répétition après les rencontres.

Moi, par exemple, j’ai été accro à Lemmings. Eh bien aujourd’hui encore le matin, quand je sors du train et que je vois cette foule humaine avancer par grappe vers les sorties de la gare, j’ai souvent envie de coller un bloqueur de chaque côté.


> Article initialement publié sur Bon pour ton poil

> Illustrations par oso, Stewf , somegeekintn et par gnackgnackgnack sur Flickr

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Net Suisse et Web Police. http://owni.fr/2009/07/29/net-suisse-et-web-police/ http://owni.fr/2009/07/29/net-suisse-et-web-police/#comments Wed, 29 Jul 2009 11:12:33 +0000 Stéphane Favereaux http://owni.fr/?p=2144 N’aurions-nous, une fois n’est pas coutume, rien n’a envier à nos voisins helvètes en matière de politique répressive sur le Net ? De l’autre côté de la frontière alpestre, non loin des alpages où broutent de fiers herbivores dans une quiétude à faire pâlir d’envie un trader un jour de crack boursier, 20 plaintes pénales sont déposées en moyenne chaque mois. La police privée du Web veille au grain et à celui des auteurs et artistes nourris à la béquée par les majors.

Objets de toutes les convoitises de ces majors, ou plutôt de toutes les attentions de cette milice du web : les mêmes qu’en France. Les téléchargeurs, les pirates.

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Le grand manitou de l’IFPI (International Federation Of Producers Of Phonograms And Videograms, http://www.ifpi.ch/f/main_f.html ), Peter Vosseler, est très clair dans ses propos. Le représentant suisse des majors, tout autant actives sur les terres suisses que pour défendre hadopi, se trompe lui aussi de cible, à l’instar de son alter ego Pascal Nègre ou encore notre aimable ministre-auteur de la culture.

«Je reconnais que la création d’une police privée du Net n’est pas bonne. Mais pour notre business, c’est la seule chance que nous ayons de survivre.» dit-il. Le terme est lâché : business. Quid des artistes ? Un article d’avril 2009 publié par Swissinfo est édifiant à ce propos : http://www.swissinfo.ch/fre/sciences_technologies/Piratage_l_industrie_du_disque_contre_attaque.html?siteSect=514&sid=4863026&cKey=1081875577000&ty=st

Toutefois, le défenseur de la veuve héritière et de l’orphelin enrichi reconnaît que la justice suisse est souvent réticente face à ces dépôts systématiques de plainte contre les téléchargeurs.

L’IFPI, à la façon d’Hadopi et bientôt de Loppsi, voudrait impliquer les FAI, mais leur rôle pourrait être différent : ils seraient en charge d’une censure a priori des contenus. C’est selon Peter Vosseler un moyen sûr d’éviter le « trafic illégal de musique ».

Aurait-il suivi le mauvais exemple actuellement donné par la France ?

Opposition marquée

A la différence du pré carré défendu par le PDG d’Universal, qui ne provoque guère de réactions marquées, en Suisse, ce genre de méthodes mises en place par les patrons des majors et leurs représentants tendent à ne pas faire l’unanimité.

Le préposé fédéral à la protection des données et à la transparence (PFPDT, équivalent suisse de la CNIL, (http://www.edoeb.admin.ch/index.html?lang=fr ) a fait savoir qu’il s’opposait à ce que le Net soit fliqué pour débusquer les IP des pirates.

Hadopi / Loppsi, entends-tu cette voie qui se lève dans les alpages ? Elle pourrait résonner incessamment à tes oreilles grandes fermées. La société incriminée s’appelle Logistep. Celle-ci remet tranquillement à la justice, via l’IFPI, les IP des prétendus pirates du web

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Le problème se pose en ceci que la Suisse n’a pas légiféré comme c’est le cas chez nous… Logistep agit donc en toute impunité et dans la plus totale illégalité. Kosmas Tsiraktsopoulos, qui est de tous les combats sur les données numériques et leur protection, le désapprouve à l’évidence : «Nous déplorons d’abord la collecte massive d’adresses IP, qui sont des données personnelles, et ce sans cadre légal. Même l’Etat n’a aujourd’hui pas ces possibilités». Il s’agit donc bel et bien d’une « police » privée, payée par l’industrie musicale. Les plaintes au pénal sont pourtant déposées par l’IFPI ! S’ensuivent des menaces envoyées aux internautes, menaces de sanctions qui, en dehors d’un cadre légal n’ont guère de valeur.

Quoiqu’il en soit la Suisse lève un lièvre assez faramineux concernant l’accès aux données personnelles et leur utilisation « frauduleuses ».

Une justice tout juste injuste

La saisie des tribunaux par le PFPDT s’est soldée par un échec. Déboutée. Nage-t-on en pleine paranoïa helvète depuis que les débats Hadopi 2 font vrombir le Web par delà les frontières ? Le tribunal saisi a toutefois reconnu les méthodes plus que douteuses de Logistep. Pour aller au bout de son action, le tribunal fédéral a donc été chargé de l’affaire à son tour par la CNIL locale.

Pour ce qui concerne l’évolution de la situation, l’industrie du disque est défavorable à une haute autorité essentiellement répressive helvétique. « Couper l’accès au Net serait trop brutal [...] un filtrage du Net effectué par les opérateurs serait très intéressant.» dit P. Vosseler. « Sans base légale ou décision de justice, c’est exclu. » lui répond Christian Neuhaus, porte-parole de Swisscom.

Si le début de cet article pouvait faire penser à une situation proche de la nôtre, force est de constater que le débat est posé. Sans que rien ne soit imposé. Hadopi, elle ne passera pas par eux ! Nous aurons cependant une pensée émue pour les dirigeants de The Pirate Bay (http://thepiratebay.org/), encore et toujours poursuivis aux Etats-Unis avant de se racheter potentiellement une conduite (http://www.numerama.com/magazine/13528-La-vente-de-The-Pirate-Bay-remise-en-cause.html).

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